CHAPITRE QUATORZIÈME
n^avoir pas de détails sur son état, et quoique je haïsse Mme de Gramont, cela ne doit pas m^empêcher de faire pour elle ce que je voudrais qu^on fît pour moi; et sur cela je lui ai écrit... J'ai continué depuis à lui envoyer des bulletins tous les jours. Mais que croyez-vous qu'elle ait fait?... Elle a envoyé le médecin, ce qui est assez simple; mais, au lieu de me répondre ou de me faire dire un mot de remerciement, elle écrit à M. de Choiseul pour lui reprocher de ce qu'il ne lui a pas écrit par le même courrier que moi ; de sorte que M. de Choiseul m'a grondée. Je me suis contentée de lui répondre devant tout le monde que je n'aurais pas cru que l'inimitié qui était entre Mme de Gramont et moi dût m'empêcher de faire pour elle ce que j'aurais voulu qu'elle fît pour moi. »
Enfin le duc va mieux, mais à peine a-t-il cessé de souffrir qu'il demande sa chaise de poste pour retourner à Paris assister au Conseil. C'est en vain que la duchesse proteste, supplie, elle ne peut lui faire entendre raison. Esclave de son devoir et quelles qu'en puissent être les conséquences pour lui, il quitte son lit pour remonter en carrosse. Exemple bien frappant de l'étonnant moral des
gens de ce temps-là! Ils ne se croient pas éter* nels ; la vie vaut ce qu*elle vaut et ils ne lui demandent que ce qu'elle peut donner. Pour eux^ la maladie, la souffrance, même la mort, ne sont que des incidents inévitables de l'existence dont on ne doit pas importuner ceux qui vous entourent, qu'il faut savoir accepter sans humeur, même avec gaieté et philosophie, et dont il ne faut surtout jamais s'attrister.
Après la vive désillusion causée par ce malencontreux voyage, la vie reprit à Chanteloup comme par le passé. Les Lauzun sont partis, au grand regret de Mme de Choiseul, mais la petite sainte, le petit oncle, Fabbé, Gatti, continuent à tenir fidèle compagnie à la duchesse. L'existence est des plus calmes, il y a peu ou point de nouvelles. « N*avez-vous jamais lu les journaux de marine, » écrit Tabbé à Mme du Deffand, a quand ils n'ont point de tempêtes ou de nouvelles côtes à décrire? ils mettent simplement en note : Calme ou vent favorable. Je vous dirai aussi : Calme et par intervalles un petit vent frais, u
Heureusement le temps s'est remis au beau ; aussi se promène-t-on beaucoup, tantôt à pied dans le parc et les environs, tantôt achevai; Gatti,