‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 19 sur 244 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mais, à la suqjrise de tous, quand M. de Saint» Contest présenta le travail au roi| ce dernier refusa de le signer. Trois fois le ministre éprouva le même refus.

Choiseul avait pris son parti de cet échec inattendu et renonçait gaiement à son ambassade j ayant à Paris, comme il le dit lui-même, « des dédommagements bien séduisants (i), » lorsqu'il apprit que le roi avait enfin signé sa nomination, Mme de Pompadour avait eu avec le monarque une scène des plus vives, et il lui avait avoué qu'il détestait le duc parce qu'il l'avait instruite de son intrigue avec Mme de Romanet. La marquise lui lit honte d'un pareil ressentiment, et le roi, toujours faible, finit par céder- Louis XVj qui n'était guère plus capable de haïr que d^aimerj parut oublier assez rapidement les motifs de plainte qu'il avait contre le nouvel am-

(l) Le duc laissait derrière lui bien des regrets. Nous n^eri voulons d'autre prewve que cette lettre de Scheffer à Mme du Deffand, du 4 janvier 1754 t » Comment se consoleront de ce voyage d'autres belles dames de Paris à qui il ne pourra pas être iiidîKrent? Je m'attends que vous me répondrez qu'elles ne seront point inconsolables, et il est vrai que j'aurais dû le supposer par la raison seule que le voyage a lieu. Des gens qui s'aiment beaucoup ne cherchent pas des occasions de sa quitter, m

bassadeur; il le reçut dans son intimité et le traita bientôt le mieux du monde.

Choiseul, dont le départ pour Rome était encore assez éloigné, en profita pour faire les préparatifs nécessaires à son ambassade, qu'il voulait brillante et de nature à servir sa réputation. Mais le côté matériel ne le préoccupait pas seul. Il avait trop d'esprit pour ne pas se rendre compte qu'il ignorait tout de son nouveau métier et qu'un grand usage du monde ne lui serait pas suffisant pour se tirer à son honneur de la place qu'il avait acceptée. Il se mit courageusement à l'œuvre, travailla et fit tout ce qui dépendait de lui pour acquérir ce qui lui manquait comme instruction, connaissances, diplomatie. Il étudia à fond les affaires de Rome et les opérations politiques de l'Europe depuis le commencement du siècle. Pendant un an il se donna tout entier à ce travail si nouveau pour lui, et comme il était remarquablement doué, il fut bien vite en état de remplir dignement ses nouvelles fonctions.

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