CHAPITRE II
Arrivée de Choiseul à Rome. — Sa visite au pape. — Affaire du théâtre Albert!. — La société romaine.
Lorsque Choiseul fut nommé ambassadeur à Rome, il choisit immédiatement pour secrétaire M. Boyer de Fonscolombe (i), diplomate des plus distingués, et qui appartenait à une vieille famille provençale. Il le connaissait depuis longtemps et avait pu apprécier en maintes circonstances son tact et sa connaissance des affaires.
M. Boyer avait pour ami très intime un de ses
(i) Joseph-Roch Boyer de Fonscolombe était né à Fonscolombe le 7 juillet 1721 , l'année de la peste. Il était le quatrième fils d'Honoré Boyer, consul d'Aix en 1726 et secrétaire du roi en 1741. Fonscolombe était un arrière-fief érigé en 1713, dont les Boyer avaient pris le nom.
Boyer fut successivement secrétaire d'ambassade à Varsovie, Dresde, Turin, Rome et Vienne, puis ministre plénipotentiaire auprès de l'évêque de Liège en 1760, et enfin ministre auprès de la république de Gênes, également en 1760. C'est là que se termina sa carrière diplomatique. Il fut nommé conseilier d'État par brevet du 10 août 1769 et gouverneur de la ville et cité d'Hyères. Il mourut en pluviôse an VII.
jeunes compatriotes, Fabbé Barthélémy, qui avait été nommé Tannée précédente garde des médailles du roi (i). Il devait sa nomination un peu à son
(i) Né en 1716 auprès de Marseille, Barthélémy (Jean- Jacques) avait été destiné dès son enfance à l'état ecclésiastique; il s'appliqua spécialement à l'étude des langues anciennes et surtout du grec. Il passait pour fort savant parmi ses compatriotes. Un jour on lui amena un rabbin converti qui se prétendait versé dans la connaissance des langues orientales, et on le pria de vérifier l'exactitude de ses assertions en l'interrogeant dans un idiome que cet aventurier prétendait connaître. « Je fus tellement effrayé qu'il m'en prit la sueur froide, écrit l'abbé. Je cherchais vainement à leur prouver qu'on n'apprend pas ces langues pour les parler, lorsque cet homme commença l'attaque avec une intrépidité qui me confondit d'abord. Je m'aperçus heureusement qu'il récitait en hébreu le premier psaume de David, que je savais par cœur. Je lui laissai dire le premier verset, et je ripostai bravement par un des dialogues arabes qu'avait dressés pour moi mon maître, contenant par demande et par réponse des compliments, des questions, etc. Nous continuâmes, lui par le second verset, moi par la suite du dialogue... La conversation devint plus animée, nous parlions tous deux à la fois et avec la même rapidité. Quand il eut fini, je dis à ces messieurs que cet homme méritait, par ses connaissances et ses malheurs, d'intéresser leur charité. Pour lui, il leur dit dans un mauvais baragouin qu'il avait voyagé en Espagne, en Portugal, en Allemagne, en Italie, en Turquie, et qu'il n'avait jamais vu un aussi habile homme que ce jeune abbé. J'avais alors vingt et un ans. »
Après avoir terminé ses études au séminaire et reçu la tonsure, Barthélémy renonça à la carrière ecclésiastique, et il partit pour Paris, dans l'espoir d'y trouver une situation en rapport avec ses goûts. C'était en 1744, et il avait vingt-neuf