‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 190 sur 244 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

continuer; jamais on n*a vu tant de vent et d'eau; on ne peut pas jouir de la campagne et il faut rester renfermé la plus grande partie de la journée. Tous les hôtes du château sont navrés de ces intempéries; on en est au désespoir pour la duchesse, qui a tant besoin de se refaire, C^est à peine si pendant tout le mois de mai elle peut monter cinq ou six fois à cheval. On n'a d'autre distraction que la correspondance, la conversation, le trictrac et le volant; la grand'maman passe sa matinée à sa toilette ou à écrire; l'abbé arrange la bibliothèque. Enfin les heures s'écoulent mieux qu'on ne pouvait le supposer. Mme du Deffand redoute pour son amie cette vie solitaire. 0 Je chéris le calme et le repos qu'elle me donne, lui répond la duchesse; je ne m'ennuie jamais, et je m'amuse de tout. » Et puis elle a bien des distractions : elle voit ses ouvriers, elle croit conduire leur ouvrage ; pour l'amuser à sa toilette, on lui amène une petite paysanne « qui est laide, mais fraîche comme une pêche, folle comme un jeune chien; qui chante, qui rit, qui joue du clavecin, qui danse, qui saute au lieu de marcher, qui ne sait ce qu'elle fait et fait tout avec grâce, qui ne sait ce qu'elle dit et dit tout avec esprit et surtout une naïveté charmante » .

La nuit Mme de Choiseul dort, le jour elle rêve; et ces plaisirs « si doux, si passifs, si bêtes « sont précisément ceux qui lui conviennent le mieux

Heureusement^ en juin, la température devient plus clémente, Von peut reprendre la vie habituelle avec les longues courses, les promenades au dehors j à la grande joie de tous et surtout de la duchesse. Quelques visites : la comtesse de Choiseul, Mmes d*En ville, de Chabot, M, de Gontaut, M, d'Affry, M, de La Rochefoucauld, viennent rompre la solitude et charmer les loisirs des habitants. La vie est très bien réglée : le matin on travaille ou l'on se promène. On dîne à trois heures. Après le dîner on joue au trictrac et au volant. Ensuite on sort à cheval, ou en calèche, ou en bateau. En rentrant on écoute un concert charmant, puis on soupe et, après souper, M. de Gontaut fait des contes jusqu'à minuit.

Puisqu'elle a la douleur d'être séparée de son amie, Mme du Deffand veut au moins des nouvelles fréquentes; c*est un dédommagement qu'on lui doit bien. Mais comme Mme de Choiseul est fort occupée et n'a que rarement le temps d'écrire, c'est Tabbé qui est chargé de la mettre au courant de tous les faits et gestes des habitants. C'est lui

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