CHAPITRE QUATORZIÈME
le grand pourvoyeur de nouvelles. Il faut qu'il raconte par le menu tout ce qui se passe à Chanteloup, tout ce qu'on y dit, tout ce qu'on y fait. Il s'acquitte de ce soin avec sa bonne grâce et son esprit accoutumés; puisque la marquise n'a jamais assez de détails, qu'elle ne se déclare jamais satisfaite, hé bien, on lui enverra un journal tenu au jour le jour!
« Ici commencent les grandes chroniques de Chanteloup, contenant les oisivetés, repos, silences, occupations et autres événements remarquables de la vie passive qu'on y mène.
« Le 4.
a Jour de la benoîte Ascension ; on a dit la messe le matin, et le reste de la journée on n'a pas dit grand'chose. »
« Le 5.
« Un gros moine, curé de son métier, âgé de près de quatre-vingts ans, s'est glissé furtivement à la toilette de Mme la duchesse et a entonné d'une voix forte une harangue aussi propre à endormir que celles de l'Académie. Le soir on est monté à cheval. 0
« Le 6.
« On s^est levé, on a dîné, on a joué au trictrac, on a monté à cheval, on a soupe, on s'est couché.
« Le 7.
« Une belle messe avec hautbois, bassons, violons, etc. Le vent n'a pas permis de se promener. Le Mercure est arrivé, on s'est occupé pendant deux heures des énigmes et des logogriphes; on a découvert le mot du premier logogriphe. C'est bourreau, puisqu'il coupe le cou. »
« Le 8.
« La Duchesse. — Quoique je n'aie pas le talent de l'abbé pour les journaux, les plaisanteries, les polissonneries, je veux aussi mettre la main à la plume, ou la plume à la main; voyez ce que vous aimez le mieux. Aujourd'hui la journée a commencé par une partie de volant et finira vraisemblablement par une partie de trictrac. Le décorateur est arrivé, il se plamt de n'avoir pas beaucoup d'ouvrage; cependant la pluie est venue, elle lui est favorable.
« Mes fraisiers ont la maladie du baron.