‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 192 sur 244 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

« La gouvernante du haras, qui a quatre-vingtdix ans, veut se remarier, parce qu'elle dit que c'est une bien triste chose qu'une femme toute seule dans sa chambre. — Dans ce moment j'entends un concert délicieux, et j'écris à ma petitefille. Jugez, mon enfant, si je ne suis pas bien heureuse.

« Allons, monsieur l'abbé, à vous la plume.

« L'Abbé. — Aujourd'hui on est revenu aux énigmes; des gens ont prétendu que le premier logogriphe était bon, maisGatti a toujours soutenu que c'était bureau^ puisquHl coupe le cul. »

Au bout de quelques jours et après ce brillant spécimen, l'abbé cesse d'envoyer son journal; aussitôt Mme du Deffand de s'en plaindre à la duchesse, qui lui répond :

a J'avais suspendu le journal, ma chère petitefille, de peur qu'à la fin il ne vous devînt fastidieux; mais, comme vous dites fort bien, l'abbé, qui peut tout faire, hors de l'ennui, trouvera encore le moyen de placer quelques traits qui, grâce à son coloris, sauront vous amuser, comme, par exemple, un cheval dont je suis tombée subitement amoureuse, des ânes par lesquels j'ai été poursuivie, une pouline qui s'amuse à faire avorter des

vaches, et M. Christophe qui vient m'en rendre compte à ma toilette. Puis un concile, un synode, un chapitre, je ne sais quoi d'aussi beau que cela qui s*est tenu chez moi; il y avait un arche vêque» des curés, des chanoines, et tous criant, jurant, bruyant, suant, puant. L'abbé les a conciliés par un jugement digne de Salomon, C*est à lui à chanter sa gloire et à vanter ses exploits. » (13 mai 17690

C'est en effet Tabbé qui prend la plume et raconte lui-même l'aventure.

« Grande contestation entre les chanoines et les curés d^Amboise sur le rang qu'ils auront à la procession de la Fête-Dieu : les uns veulent la droite, les autres la gauche, ceux-ci la tête, ceux-là la queue. Tout Amboise est en rumeur, Mgr Tarchevêque de Tours se rend àChanteloup, la grand'maman parle avec beaucoup d^éloquence sans savoir un mot de la question- L*archevêque parle avec douceur et n'est point écouté. Les esprits s'échauffent, ne veulent point céder, et les deux partis disent à la grand'maman qu'ils défendent son honneur; dans la crainte de perdre de pareils défenseurs, elle les laisse disputer; enfin on allait se séparer, lorsqu'un particulier (moi, ne vous

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