‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 194 sur 244 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

tonne à faire trembler!... N'importe, il faut se mettre en route. Nous allons travailler au bonheur de ces enfants, il faudra bien que la pluie et le tonnerre cessent. Nous partons, et vous sentez bien que pendant le voyage nous ne parlâmes d'autre chose...

a Après une marche de trois lieues, nous arrivons ; nous parlons à la mère de la fille, qui consent à la marier. Le paysan n'était pas dans le village ; on sonne toutes les cloches, il vient aussitôt. La grand'maman le prend en particulier, a Je viens 0 ici pour vous marier. — Madame, vous me faites « bien de l'honneur. — Si l'on vous donnait une « jolie fille avec une dot, la prendriez-vous ? — Maa dame, je ferai ce qui vous plaira. — Mais n'aveza vous pas quelque inclination? — Oui, madame. a — Et qui? — C'est la fille d'un vigneron qui dea meure à une lieue d'ici. — L'aimez-vous beaua coup? — Oui, madame. — Vous n'en pren- « driez donc pas une autre? — Ce sera, madame, a tout comme il vous plaira. — Mais je ne veux a pas gêner votre inclination ; ainsi, vous épouserez 0 celle que vous aimez. » Nous avions encore une espérance, c'est que la jolie petite paysanne aurait aussi une inclination. Elle n'en avait point. La

grand 'maman eut beau lui demander son secret en particulier et en présence de la mère, tout fut inutile. Il fut donc décidé que le mariage du paysan se ferait incessamment et que la mère de la fille lui chercherait un mari pour l'année prochaine, » (lo juillet 1769.)

Vers le milieu de juin on annonce une visite qui enchante tout le monde, c'est celle du baron de Gleichen; outre qu^on aime beaucoup le baron, sa venue vient fort heureusement rompre la monotonie de l'existence.

« 11 arriva vendredi matin, «écrit l'abbé Barthélémy, « brillant de gloire et de fraîcheur; nous lui parlâmes d'abord de vous, ou de lui, et puis nous en reparlâmes, et puis nous en avons reparlé. Vous êtes plus présente ici qu'à Saint-Joseph; vous nous accompagnez dans nos voyages, et vous devez être bien étonnée des longues courses que vous faites avec nous. Le baron a déjà vu une grande partie de la terre, nous le menons de château en château. Lui et moi, placés sur des grands chevaux, ressemblons assez à des chevaliers errants, la grand'maman à une héroïne de roman, Gatti àun enchanteur. Le petit oncle et la petite sainte sont si bien à cheval que je ne sais à qui les comparer, »

Page 1