‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 197 sur 244 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Intrigues à Paris.

Pendant que la duchesse de Choiseul goûtait en paix, tantôt à Paris les agréments d*une société choisie, tantôt à Chanteloup les charmes de la vie des champs, les plus graves événements se préparaient à Versailles.

Résumons rapidement les intrigues qui précédèrent et amenèrent la chute du premier ministre, chute plus éclatante et plus rapide encore que ne l'avait été sa fortune.

Après la mort de Mme de Pompadour, l'intimité royale demeura pendant quelques années ce qu'elle avait été auparavant. Les personnages dont nous avons déjà parié continuèrent à en faire partie : M mes de Choiseul, de Gramont, de Beauvau, de Mirepoix, restèrent les assidues des soupers et des voyages royaux; Louis XV vivait heureux dans cette société si habilement groupée par la marquise et dont il avait une longue habitude.

38o DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL

Malheureusement, après s'être contenté pendant deux ou trois ans de caprices plus ou moins éphémères, le roi distingua Mme du Barry et parut s'enflammer pour elle d'une passion sénile et durable. Longtemps on crut que le goût du roi s'éteindrait aussi vite qu'il s'était allumé ; il n'en fut rien, et l'on dut bientôt se rendre à l'évidence. Versailles était menacé d'un scandale inouï.

Lorsqu'on put pressentir que le règne d'une nouvelle favorite allait s'ouvrir, la cour se divisa en deux partis hostiles. Les uns, les corrompus, se courbèrent sans plus tarder devant cette fortune naissante; les autres, que hantait encore le souvenir de Mme de Pompadour, refusèrent de s'incliner devant une femme sortie d'un mauvais lieu pour venir à la cour.

La bassesse de son extraction et la dépravation de ses mœurs, sa vulgarité et son ignorance, que l'amoureux monarque prenait pour de la candeur et de la simplicité, servaient de prétexte à la répulsion qu'une grande partie de la cour lui témoignait. Tout ce qui faisait profession d'honnêteté et de décence se révolta, et pendant longtemps aucune femme comme il faut ne voulut frayer avec elle.

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