‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 200 sur 244 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

fée Urgèle, comme on rappelait eBCore, était là, toujours avide de plaisirs, besogneuse et endettée plus que jamais. Louis XV lui demanda de voir Mme du Barry. Personne n'avait une tête meilleure ni un tempérament plus froid que la majré* chale, mais elle était capable de toutes les bassesses pour subvenir aux profusions de son jeu. Comment résister au roi, si bon, si serviable, qui tous les ans paye trente, quarante mille francs de dettes pour la maréchale ! Et puis le cavagnole est si amusant, et on n'y joue bien que chez le roi! Voilà donc Mme de Mirepoix qui reprend sa place aux soupers des petits cabinets. Le scandale fut grand. Un tel exemple, donné par une si grande dame, par la propre sœur du prince de Beauvau, motiva les plus amères critiques. On disait que la maréchale faisait partie de la charge de favorite et que les maîtresses se la repassaient comme un meuble vivant. Mme du Barry, soit par goût, soit aussi par reconnaissance, se prit d*une belle passion pour sa nouvelle amie ; elle ne pouvait plus se séparer de « la petite mares sale », comme eUe l'appelait en zézayant.

Tous les partisans des Choiseul s'indignèrent de la conduite de Mme de Mirepoix, et elle fut honnie

de ses anciens amis (i). Son frère et sa belle-sœur rompirent même toutes relations avec elle.

En apprenant la conduite de la maréchale, Mme de Choiseul écrit avec indignation ; « La pauvre maréchale est donc perdue tout à fait, c'est grand dommage, a — a Elle est bien triste^ bien troublée, » répond Mme du Defîand, « elle veut faire bonne contenance, et pour la première fois de sa vie elle éprouve Tembarras. Je la plains, elle est humiliée, et de ce qu^elle fait, et du triomphe de ceux qui ne font pas de même; elle frappe à bien des portes pour ne pas rester seule, et je ne prévois pas qu^elles lui soient ouvertes, et quand elles le seraient, elle n'en retirerait aucun avantage. Oh! grand'maman, 1* esprit sans le sentiment u^est pas un bon guide. »

A partir de ce moment les femmes ne mirent plus de bornes à leur indignation et à leurs cris.

(i) Bien q^e brouillée à mort avec le duc de Choiseul > Mme de M t repoix avait trop dVsprît pour ne pas reconnaître ses qualités et le charme entraînant de ses manières. Un jour que Mme du Barr^^ donnait libre cours à ses invectives contre le duc» elle dit à la maréchale : « Mais comprenez-vous, madame, qu'on puisse tant haïr un homme qu'on ne connaît pas? iMi Je le comprendrais bien moins si vous le connaissiez, m ne put s*empécher de riposter Mme de Mirepoix,

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