‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 212 sur 244 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

pas : avec cet élan et cette générosité de cœur qui lui étaient familiers, il accueillit les exilés et leur offrit une large hospitalité, a Bien qu'il loge le diable dans sa bourse, c'est-à-dire rien, » il construisit pour eux plus de cent maisons et leur avança tout l'argent nécessaire pour les premiers frais de leur commerce. Les nouveaux habitants de Ferney trouvaient chez lui toutes les facilités possibles, une bourse toujours ouverte, un accueil bienveillant et d'excellents conseils.

Tous ces natifs repoussés de Genève étaient d'habiles ouvriers. La plupart fabriquaient ces montres dont la renommée était universelle.

Mais il ne suffisait pas d'avancer de l'argent aux exilés et de leur faire établir des manufactures et des ateliers, il fallait encore leur procurer des débouchés pour leur commerce. A partir de ce moment, c'est à ce but charitable que Voltaire s'emploie avec une ardeur incomparable. Il abandonne sans hésiter toutes les questions qui l'ont jusqu'alors passionné, il n'a plus qu'une idée en tête, vendre des montres, et il faut que tous ses amis l'aident dans cette tâche.

Bien entendu Mme de Choiseul est mise immédiatement à contribution.

tt Madame, en attendant que vous veniez faire votre entrée dans votre nouvelle ville, qu'il est si difficile de fonder ; avant que je vous harangue à la tête des capucins, avant que je vous présente le vin de ville le plus détestable qu*on aie jamais bu, avant que je vous affuble du cordon de Saint- François, que je vous dois ; avant que je mette mon vieux cœur à vos pieds, pendant que les tracasseries sifflent à vos oreilles, pendant que les polissons sont sous les armes dans îe trou de Genève... je chante en secret ma bienfaitrice dans le fond de mes déserts; et comme on ne peut vous écrire que pour vous louer et pour vous remercier, je vous remercie de ce que vous avez bien voulu faire pour mon gendre Dupuy-Corneille.

« J'ai eu l'insolence d'envoyer à vos pieds et à vos jambes les premiers bas de soie qu'On ait jamais faits dans l'horrible abîme de glace et de neige où j'ai eu la sottise de me confiner; j'ai aujourd'hui rinsolence beaucoup plus forte... *j (9 avril.)

Et il raconte que ses ouvriers ont fait assez de montres pour en remplir une petite caisse, qu'il 1 y en aura bientôt sept ou huit autres, que le tout^ sera envoyé au duc de Choiseul avec prière d'expé- 1 dier ces caisses à Cadix « soit par Tair^ soit par la

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