CHAPITRE SEIZIÈME
Le dey d'Alger, le bey de Tunis eux-mêmes ne sont pas épargnés, et la grande Catherine est priée de négocier d'urgence un traité de commerce avec la Chine à la seule fin de faire pénétrer jusqu'à Pékin les montres incomparables du philosophe.
Mais l'appui de tout le corps diplomatique n'était pas encore suffisant; Voltaire avait avancé tant d'argent que, si ses ouvriers ne réussissaient pas, c'était presque la ruine pour lui, surtout a après les distinctions dont l'abbé Terray l'avait honoré ». Or, pour réussir, il fallait absolument obtenir des privilèges.
Grâce à la protection de la duchesse, dont il faisait la patronne de Ferney, le patriarche arriva encore à ses fins et obtint de faire entrer en franchise dans le royaume les produits de ses ouvriers, alors que les horlogers de Genève payaient des droits considérables. « Qui m'aurait dit, écrit le patriarche reconnaissant, que je devrais tout à
montres; le marquis de Thibouville lui ayant écrit pour lui demander une montre à répétition de quatre louis, le philosophe lui répond avec indignation : « Il est aussi impossible, mon cher marquis, d'avoir une montre à répétition pour quatre louis, que d'avoir à Paris un esturgeon pour quatre sous. »
Mme de Choiseul et qu'un jour je fonderais au mont Jura une colonie qui ne prospérerait que par ses bontés. Et puis, qu'on dise qu^il n'y a point de destinée ! »
Voltaire a-t-il un intérêt quelconque dans ces manufactures de soie et de montres pour lesquelles il a avancé tant d'argent! Point du tout; il a tout fait par pure vanité, et il l'avoue à Mme du Deffand,
« On dit que Dieu a créé le monde pour sa gloire, il faut Timiter autant qu'on peut. Je ne sais pas à qui il voulait plaire; pour moi^ je voulais plaire à votre grand^maman et à monsieur son mari, i»
Pendant que Voltaire est devenu courtier en horlogerie, la duchesse s'est réfugiée à la campa^e pour y goûter un peu de calme et de r',pos.
Mme du Deffand annonce son départ au philosophe.
« Je vais perdre tout à Theure la grand 'maman; elle part jeudi pour Chanteloup; elle va tondre ses moutons j en faire carder et filer la laine, dont on fera de beaux draps et toutes sortes d'étoffes. Amboise est une nouvelle Salente» mais dont les lois ne seront pas dictées par un pédant. Soyez son émule dans votre ville de Versoix. » Elle ajoute