‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 224 sur 244 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

l'est guère. De ce que Voltaire s*est mis en tête d*être philosophe, lui qui de tqus les hommes Test le moins, on se croit de l'esprit dès qu'on a affiché la philosophie, sans songer que la philosophie affichée cesse de l'être... Voilà le sublime des philosophes modernes, dont, sauf votre permission, était votre triste baron. »

Le pauvre Gleichen vivait dans les transes ; sa situation de fortune ne lui permettait pas d'abandonner sa carrière; d'autre part, si on le replaçait, allait-on l'envoyer dans de lointains pays, le séparer à jamais de tout ce qu'il aimait? Grâce aux démarches de Choiseul, sa disgrâce ne fut pas complète, et le 13 juillet il apprenait que le roi de Danemark le nommait ministre à Naples. Le baron dut se résigner, presque heureux de ne pas être envoyé plus loin, et dire adieu à tous ceux près desquels il avait vécu heureux pendant plus de sept années. En rejoignant son nouveau poste, Gleichen gardait l'espoir que Mme de Choiseul ne l'abandonnerait pas, qu'elle s'occuperait toujours de lui et ferait tous ses efforts pour le faire revenir à Paris. Toujours bonne et fidèle amie, animée de ce dévouement si rare pour ceux auxquels elle était attachée, la duchesse en effet n'oublia pas l'absent;

elle imagina une combinaison qui consistait a faire passer Gleichen du service de Danemark à celui de France, et elle persuada à Chois eul qu'il fallait la faire aboutir au plus vite. Malheureusement la situation du duc, pour les raisons que nous connaissons, devenait de jour en jour plus délicate, et il ne pouvait plus agir qu'avec la plus extrême circonspection.

Mme de Choiseul, très ennuyée^ écrivait à Gleichen le 30 octobre :

<c Je ne peux pas me résoudre à vous écrire, mon cher baron, sans pouvoir vous mander : Votre affaire est faite; soyez libre, soyez heureux et faites le bonheur de vos amis en venant les rejoindre. Je ne peux pas non plus me résoudre à garder un plus long silence, qui pourrait ou vous laisser douter de vos amisj ou vous les faire oublier. Je vous écris donc, mon cher baron, sans avoir autre chose à vous dire, si ce n^est que je suis fâchée de ne vous rien dire. Vous avez entendu les bruits de guerre qui nous menacent. Ils auront retenti jusqu'au fond de IMtalie. Ils nous donnent bien du travail ^ bien de rhumeur, et pour le moment Us ferment la porte aux grâces^ même à la justice . C'est votre mauvaise étoile qui nous a soufflé ces bruits de guerre ; ils

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