CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
ses lettres il revient sur ce point qui lui tient tant au cœur. Et c*est toujours Mme du Deffand qu'il prend pour confidente de se» soucis j de ses craintes et de ses espérances.
« La grand 'm aman n*a pas été malade depuis qu'elle est ici,,, je la trouve à présent un peu plus forte qu'elle n'était quand nous sommes arrivés ; î mais elle n^est point engraissée, et les restes du rhume de Fontainebleau de Tannée dernière continuent encore, c^est-à-dire du graillonnage le matin j quelquefois de la douleur dans la poitrine et toujours une disposition prochaine à être enrhumée ou de cerveau ou de la poitrine. C*est cette extrême sensibilité qui m Inquiète et c'est ce qui fait désirer à Gatti quVUe ait plus de temps pour se rétablir entièrement, mais elle ne Faura pas ce temps si nécessaire, peut-être le seul qui pût la garantir du danger. Nous ne serons ici qu'une quinzaine de jours encore, et elle reprendra ce train de vie qui Ta épuisée et qu'elle n*est plus certainement en état de soutenir, »
Les hôtes de Chanteloup sont peu nombreux fort heureusement, ce qui permet à Mme de Choiseul de se reposer et de vivre d^une existence contemplative. « Je ne pense pas, dit-elte, et
c'est le charme de la vie que je mène ici de ne penser à rien ! c*est Tétat le plus doux ; je crois que c*est celui des Limbes ; mais si je ne pense pas, je sens beaucoup. » La duchesse n'a auprès d'elle que son cher abbé, Gatti, qui la soigne de son mieux et qui l'amuse; Mme d^Achy, la meilleure et la plus douce femme du monde.
« Vous voudriez savoir comment nous passons le temps, écrit Tabbé; nous ne le passons point, c'est lui qui nous passe bien vite pour nous mener je ne sais où ; c'est toujours la même vie que les autres années. La grand 'maman se lève à dix heures; quand elle ne monte pas à cheval, voici l'emploi de la matinée : la grand'maman écrit, Mme d'Achy entend la messe, Gatti prend du café au lait, je reste dans le bain; on dîne à deux heures j et, quoique la chère soit excellente, on ne mange que des légumes ou du laitage pour augmenter les douceurs de nos caractères. Après le dîner, le trictrac, la promenade, une ou deux heures de retraite, le souper, minuit; bonsoir, madame la duchesse! bonsoir, toute la compagnie! et chacun s'en va coucher tout seul, w
Peu à peu cependant s'annoncent quelques visites et la vie prend un peu plus d-animation,