CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
enchanté de sa visite et fort émerveillé des aptitudes de la duchesse pour le dressage des animaux les plus divers.
Le bonheur des habitants serait complet s'il n'était troublé par la misère de la province; on y meu-rt littéralement de faim, le pain vaut 4 sols et le reste est à proportion. Mme de Choiseul distribue des aumônes en quantité, mais ce n'est pas suffisant* Elle visite les pauvres, elle leur porte des secours en argent ^ en nature. Aussi est-elle adorée de toute la province.
Entre temps elle continue à échanger ses idées avec Mme du Deffand ; leur correspondance, tou* jours fort active, est émaillée de réflexions des plus fines et souvent d'une haute portée philosophique,
Mme du Defîand ayant un jour écrit qu'elle haïssait Thumeur, la duchesse riposte par ces lignes charmantes :
« Ah î mon Dieu î je pense bien comme vous sur l'humeur; c'est un défaut qui équivaut à tous les vices; il rend injuste, parce qu'on ne peut se justifier ses propres torts que par son injustice; il rend haineux , parce que Ton hait ceux à qui on fait injustice; il rend vindicatif, parce que le propre
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de la haine est la vengeance; il donne de la féro^ cité au caractère le plus doux^ de la dureté au cœur le plus sensible; il rend léger, parce qu'il change Famour en haine; il rend inconséquentj parce qu*il rend léger; il donne l'apparence de la fauî*seté, parce qu^il rend inconséquent. Si j'avais une prière à adresser à Dieu, je lui dirais tous les matins ; Mon Dieu! gardez-moi de Thumeur que Je pourrais avoir et de celle que je pourrais donner. >
L'abbé, dans la correspondance, n'a pas des aperçus moins philosophiques; il est d'une gaieté charmantej et il amuse par ses lazzis Mme du Defiâsd^ toujours dévorée de tristesse.
♦ A propos de tristesse, vous qui êtes si savante, pourriez- vous nous dire si les poules du Thibet sont gaies ou tristes? La grand' maman vient d'apprendre, pai- une lettre de Chandernagor , qu'on lui envoie un coq et une poule du Thibet. Si l'un des deux vient à mourir en chemin, que fera-t-on de son compagnon ? Aura-t-il commerce avec des poules européennes!,.. Elle a su aussi, par un de ses correspondants établi sur les bords du Gange, qu^elle devait recevoir des cerfs de ce pays-là, pareils à ceux de la ménagerie. Ils sont très petits