CHAPITRE XVIII
Exil du duc de Choiseul.
Pendant que Mme de Choiseul cherchait à Chanteloup un refuge contre les tracasseries de Versailles, il se passait à Paris des événements qui allaient amener dans la politique de grands changements. La lutte entre Mme du Barry et le duc de Choiseul avait été poussée à l'état aigu. L'année 1770 ne fut qu'un long combat entre les deux partis qui divisaient la cour.
Après les événements que nous avons vus se dérouler en 1769, quand Mme du Barry comprit qu'elle n'obtiendrait jamais la paix avec Choiseul, elle chercha une occasion favorable pour se débarrasser du ministre qui la bravait ouvertement.
Elle s'adressa à tous les ennemis du duc et forma avec eux une vaste conspiration. Elle fut aidée dans l'accomplissement de ses desseins par
un homme dont la froide scélératesse est restée célèbre. Cet homme était le chancelier Maupeoti{i), et c^est à Choiseul qu'il devait sa fortune*
Après la mort du dauphin^ on résolut de se débarrasser du vîetjx vice-chancelier de MaupeoUj homme de toute incapacité, et il fut question de donner sa place à son fils. Les amis de Choiseul le pressèrent vivement de ne pas élever à un poste aussi considérable un homme qu'on pressentait dangereux et dont le caractère n* offrait aucune sûreté. Mais Choîseul, avec son mépris du danger et son insouciance habit uelle^ se borna à répondre : « Je sais que Maupeou est un coquin (2), mais il n'y a personne de plus capable que lui pour être chancelier,., et puis, s*il se conduit mal, je le chasserai, i
D'un caractère vil et rampant, Maupeou poussait la flatterie vis-à-vis de ceux qui pouvaient le servir
(1) Maupeou était alors premier président da Parîement de FarlSf et sa. gestion avait soulevé bien des crkiqyes.
(2) On avait composé pour M. de Maupeou le père cette gracieuse ëpitaphe :
Ci-g:ît un coquin Qui mourut de roi ère D'avoir fait un coquin Plus coquin que son père.