CHAPITRE DIX-HUITIÈME
jusqu'à la plus plate adulation ; mais il se vengeait de sa bassesse en trahissant ses bienfaiteurs et en devenant, comme pour Choiseul, le principal instrument de leur disgrâce^ Il avait affecté pour le ministre une idolâtrie repoussante : on lui avait entendu dire que rien au monde ne pourrait le résoudre jamais à changer de logement, parce que des fenêtres de sa maison il pouvait au moins apercevoir les cheminées de l'hôtel de Choiseul, Il disait à qui voulait l'entendre qu'« il portait la livrée du duc dans son cœur » , et quand il parlait de lui il ne l'appelait jamais que « notre bon duc » . On devinait sous sa feinte humilité l'ambition dont il était dévoré.
Maupeou n'avait pas une physionomie trompeuse ; il portait sur son visage tous les signes de la bassesse de son âme et sa personne inspirait une répulsion instinctive. Un teint noir et blême, des yeux aigus et pénétrants, un regard faux et soupçonneux, glaçaient d'effroi tous ceux qui l'approchaient. Il ne connaissait pas de milieu entre la bassesse et l'insolence.
Exempt de préjugés, étranger à toute sensibilité, doué d'une persévérance inflexible, aventureux*, sans scrupules, il n'avait en vue que le pouvoir, et
450 DUC ET DUCMHSSK DK CHOÎSEUL
pour y parvenir peu lui importaient les moyens. 11 était d ailleurs doué de grands talents, mais il y a peu d'hommes qui aient été au même degré l'objet de l'exécration publique. ^
Il fut aidé dans la réalisation de âes projets par son âme dam née ^ l'abbé Terray , dont la bassesse de caractère égalait la sienne. Malgré Thumilité de son extraction, Fabbé était parvenu au Contrôle gênéraL Pour perdre plus sûrement Choiseul dans resprit du roi^ il exagéra le déficit des finances, mît ta main sur la caisse d'amortissement ^ suspendit le payement des billets des fermes, dimîîiua les arrérages des effets royaux, réduisit les pensions, etc. (i).
Le mariage du dauphin avec une archiduchesse d'Autriche (2) parut un instant consolider la situa-
{i) Mme du Deffand écrivait à Walpole, le 33 août^ ces lignes édifiantes î
ti Le contrôleur général rentîf â bîetitôt sa banqueroute complète, Le cl-Édît est absoluoient perdu; 'û n'y a, disent ses émissaireâ, d'autre recette pour relever le crédit, que de faire la banqueroute totale; alors le roi ne devant plus rîen^ toiia les particuliers qui renferment aujourd'hui Jeur argent s'empresâ&É-ont à le placer sur lui, parce qu'alors il sera en état de payer les intérêts* »
(2) 11 avait eu Heu à la chapelle du château de Versaîlles le 16 mai 1770.