‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 234 sur 244 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

tion de Choiseul : il avait préparé cette union de longue main et Marie-Thérèse avait recommandé à sa fille de ne jamais oublier que son mariage était Toeuvre du ministre. La dauphine se montra fidèle à la recommandation, et elle ne négligeait aucune occasion de donner des preuves d'amitié au duc et à la duchesse.

En attendant^ une vaste conspiration s'ourdit contre le duc de Choiseul : Maupeou et Mme du Barry en étaient Pâme, mais ostensiblement ils mirent en avant le duc d'Aiguillon (i), homme téné breux, violent, vindicatif, sans honneur ni principes et de talents fort médiocres, mais ennemi juré du ministre.

Après avoir été longtemps en disgrâce, d'Aiguillon était revenu à la cour en 1762, et il était devenu l'ami intime du dauphin. Leur commune tendresse pour les jésuites formait le principal lien de leur amitié. Mais la mort inattendue de

(i) Aiguillon (Armand Vignerod Duplessis-Richelieu, duc d') (1720- 1782). En 1745, d'Aiguillon (alors duc d'Agenois) était ramant de Mme de La Tournelle (plus tard Mme de Châteauroux) ; la jalousie du roi le fit éloigner des petits appartements, et il resta en disgrâce jusqu'en 1762. A cette époque, il obtint les entrées de la chambre et fut nommé gouverneur de Bretagne.

son protecteur, celle presque immédiate de la dauphine, rendirent la situation de d* Aiguillon des plus précaires. C'est en cherchant des appuis à la cour qu'il comprit le parti qu'il pouvait tirer de la campagne si violente organisée contre Mme du Barry.

Choiseul avait contre lui tout le parti dévot, dont Tactivité était extrême et qui ne lui pardonnait pas l'exil des jésuites. Ce parti, soutenu par les ducs d'Aiguillon, de La Vauguyon et de Richelieu, fit proposer à Mme du Barry une alliance qui fut acceptée avec joie. A partir de ce moment, la courtisane de bas étage, méprisable et méprisée, n'existe plus, on ne voit en elle que l'arme avec laquelle on frappera l'homme au pouvoir, et tous les moyens sont bons pour parvenir au but que l'on poursuit. La favorite se mit donc ostensiblement à la tête de la cabale, et tous redoublèrent d'efforts pour renverser le ministre abhorré.

En apparence, on ne voyait qu'une lutte entre un ministre et une maîtresse, mais en réalité les personnages n'étaient rien, et une question plus élevée qu'une misérable rivalité de sérail dominait toute la situation. Choiseul représentait les philosophes et les parlementaires; Mme du Barry était

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