‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 236 sur 244 · CHAPITRE DIX-HOITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HOITIÈME

vous serai très obligée de vouloir bien continuer de prendre à cet égard toutes les informations que vous pourrez avoir* C'est contre ce malheur seul que notre sentiment ne nous permet pas d'être sans inquiétude, pour le reste nous laisserons faire, w

Le peu de goût que la duchesse éprouvait pour les grandeurs lui faisait envisager avec calme la perspective d^une retraite prématurée. Mais sa sécurité était mal fondée; le vieux monarque, plus que jamais sous le charme, ne savait rien refuser à sa jeune maîtresse.

Quelques jours après, la duchesse écrivait encore à son vieil ami :

« Je n'ai pas voulu donner la peine à votre valet de chambre, monsieur le baron, d'attendre ma réponse que je ne pouvais faire quVprès avoir communiqué votre lettre à M. de ChoiseuL Vous ne trouverez dans cette réponse que les sentiments auxquels vous deviez vous attendre, les remerciements que nous vous devons et la reconnaissance et la sensibihté extrêmes que nous vous avons de l'amitié et de l'intérêt que vous nous marquez. Pour le fond même indifférence, et pour la forme même vivacité ; mais nous avons cependant lieu de

croire, par différentes informations que nous avons eues d'ailleurs, qu'il y a plus de vanité et même de vanterie dans les paroles que de réalité dans le fond des choses. Aussi^ rassurez-vous, mon cher baron, mais continuez toujours à nous donner toutes les informations que vous pouvez avoir* Cela conduit toujours à savoir à qui on a affaire, et cela est toujours boa de le savoir, i»

La demi -sécurité dans laquelle vivaient les Choiseul était trompeuse. Mme du Deiïand était mieux renseignée quand elle écrivait à Walpole le 23 août :

« Comme je me crois aujourd'hui en sûreté, je vous dirai nettement qu'il est impossible que la situation présente subsiste; il faut qu'avant l'espace de neuf ou dix mois il arrive un changement. Il y aune fermentation générale; tous les parlements se donnent la main; tous marquent leur mépris et leur indignation contre le chancelier... »

Elle lui disait encore t

« J'aime fort mes parents, je le leur prouve par ma conduite, et si je pouvais leur être utilej je m'y mettrais jusqu'au coui mais dans tout ceci J6 ne puis être que spectatrice; je prétends que leurs

ennemis les servent mieux que leurs amis ; ceuxci poussent leur zèle un peu trop loin ; leur imprudence, leur fierté, ressemble trop à l'insolence et ne peut manquer de déplaire et d^envenimer les esprits. Les autres ont tant d'iniamies, de bassesses, de fourberies, et sont si fort à découvert qu'ils sont en horreur au public et qu'ils n'ont de partisans que leurs complices. »

Le parti du duc de Choiseulj en effet, ne cessait nullement sa lotte contre Mme du Barry. L'insolence de Mme de Gramont contre la favorite croissait tous les jours ; ses diatribes furent la véritable cause de la chute de son frère.

Des incidents pénibles survenaient à chaque instant. En juillet, pendant le séjour de Choisy, le roi fit donner des spectacles dans un théâtre trop étroit; les dames de La cour, s'étant emparées des premières place», refusèrent de les céder à Mme du Barry, et la comtesse de Gramont, bellesœtir de la duchesse, accompagna son refus des propos les plus mordants. Le lendemain elle était exilée à quinze lieues de Paris.

Heureusement les Choiseul étaient absents en ce moment et on ne peut leur imputer ce scandale. Au milieu d'une situation très délicate, leur con-

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duite était parfaite et excitait Fadmiration de tous,

« Ils se conduisent à merveille, n écrit Mme du Deffand; « ils sont environnés d'armes et d'ennemis; mais ils ont, pour résister aux attaques, leur bonne administration, leur attachement pour le maître, l'intérêt véritable qu'ils prennent à sa gloire» Je ne sais ce qu'il arrivera d*euxj maïs, quoi qu'il en soit, ik conserveront l'estime des étrangers et de leurs compatriotes qui ne seront pas coquins avérés. »

En attendant^ le réseau d'intrigues et de calomnies se resserrait autour du ministre. La duchesse de Gramont s*étant rendue aux eaux de Barèges par la Provence, on fit entendre au roi qu'elle avait eu des conciliabules secrets avec les parlements de Bordeaux et de Toulouse j qu'elle les avait en* courages à la résistance et qu'elle les avait assurés de la protection de son frère. Richelieu s'était fait le propagateur de cette calomnie, et le 9 août Choiseul eut avec lui en public une violente altercation à ce sujet. Mais Taccusation porta ses fruits et le roi se refroidit sensiblement pour son ministre.

Choiseul, au milieu des intrigues qui le mena-

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