‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 237 sur 244 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

çaient, garda jusqu^au dernier moment une sérénité parfaite bien qu41 avouât gaiement que 0 la coquine lui donnait bien de l'embarras ». Mme de Gramont laissait voir quelquefois son inquiétude et son humeur; sur le visage du duc on ne put jamais lire la moindre trace de préoccupation ou de souci; sa conversation resta toujours aussi brillante, et il garda ce ton aimable que personne à la cour ne possédait au même degré que lui. « Il sera comme Charles VII, disait Mme du Deffand, on ne peut perdre un royaume plus gaiement. »

Le duc avait en ce moment bien d'autres soucis en tête que la politique, MmeduBarry, les dévots, les intrigues de cour! Il était amoureux fou de Mme de Brionne (i) et n'avait plus d'autre préoccupation. C'était une femme de grande beauté, très spirituelle, très intelligente et qui se mêlait activement aux passions qui divisaient la cour. Cette nouvelle intrigue du duc n'échappa pas à Mme du Deffand : « Il a aujourd'hui une nouvelle amie, dit-elle; je crois qu'elle lui coûte beaucoup d'argent. »

(i) Née Rohan-Rochefort, elle était veuve du prince Louis de Lorraine, grand écuyer de France, et parente de l'empereur Joseph II. Elle mourut à Vienne en 1807.

Mme deChoîseul, très énervée^ presque malade de ce nouveau goût de son mari, ne dissimulait pas sa tristesse. Suivant son habitude, elle confiait ses chagrins à la marquise, mais ia vieille aveugle se montrait pleine d'indulgence pour les infidélités du duc,

« Son mari se conduit avec elle dans la plus grande perfection, écrit-elle; s'il n'était pas le plus léger de tous les hommes^ il en serait le meilleur : il est noble, généreux , gai, franc, mais il est gouverné par des personnes qui ne consultent que leurs intérêts personnels» »

Inquiet des bruits persistants qui couraient sur Félévation prochaine du duc d'Aiguillon aux affaires, Choiseul n'hésita pas à brusquer la situation et il en écrivit au roi \ « Comment pouvezvous croire qu'il puisse vous remplacer? w lui répondit Louis XV. « Je l'aime assez à cause du tour que je lui ai joué il y a bien longtemps (il lui avait enlevé Mme de Châteauroux), mais, haï comme il est| quel bien pourra- t-il faire? »

Ces assurances évasîves n^étaient pas de nature à rendre au duc sa sécurité. On raconte que quelques jours avant son renvoi, il se rencontra dans Tantichambre royale avec le duc d'Aiguillon.

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