‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 238 sur 244 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

« Eh bien, lui dit-il en riant, vous me chassez donc? j'espère qu'ils m'enverront à Chanteloup; vous prendrez mes places, quelqu'un vous chassera à son tour, ils vous enverront à Veretz. Nous serons voisins, nous n'aurons plus d'affaires politiques, nous voisinerons et nous en dirons de bonnes... »

Il ne croyait pas si bien prédire.

A plusieurs reprises et déjà en 1769, Choiseul, en présence des hostilités qu'il trouvait dans l'entourage du roi, eut le projet d'abandonner les affaires ; mais ses amis lui firent observer qu'il y aurait avantage pour lui à être renvoyé et même maltraité, qu'il était plus noble d'être chassé par Mme du Barry que d'avoir l'air de faiblir, de lui céder la place, de déserter après avoir combattu; qu'en attendant d'être renvoyé, il pourrait peut-être empêcher ou diminuer le mal que les projets du chancelier pourraient faire au royaume, etc.

Cédant à ces avis, Choiseul conserva le pouvoir, bien qu'il lui offrît peu de charme, et il attendit les événements.

Une des grandes forces du duc était la persuasion dans laquelle vivait le roi que son ministre

pouvait seul maintenir la paix; Louis XV ne voulait de guerre à aucun prix.

Depuis le traité d'Utrecht, les Espagnols étaient restés en possession des îles Malouines. En 1769, les Anglais prétendirent avoir découvert ces îles, et ils y construisirent un fort. Les Espagnols envoyèrent trois frégates qui canonnèrent le fort et firent prisonnière la garnison anglaise. Cet incident pouvait amener les plus graves complications^ et un moment on crut la guerre inévitable- Tout dépendait de la France, Si Choiseul reconnaissait le bon droit de T Angleterre ^ c'était la paix assurée, car l'Espagne n'oserait affronter seule la lutte; si, au contrairej il se déclarait pour l'Espagne, c'était la guerre probable. Les documents diplomatiques prouvent que le duc n^a pas hésité à donner raison en grande partie à TAngleterre et qu'il a fait tous ses efforts pour maintenir la paix.

Mais cela n'empêcha nullement la cabale qui Tattaquait de profiter de Fincident pour l'exploiter contre lui. On chargea Mme du Barry de persuader au roi que Choiseul voulait la guerre et allait tout mettre en œuvre pour la rendre inévitable. On poussa la duplicité jusqu'à introduire secrètement

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