‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 27 sur 244 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

arrivé, en effet, Choiseul eut avec le gouvernement pontifical la querelle la plus plaisante et la plus inattendue.

L^usage à Rome, dans la salle de spectacle, raconte Besenval, est que le gouverneur a la loge du fond, sur laquelle sont les armes du pape; l'ambassadeur de France a celle immédiatement à droite, les autres ambassadeurs viennent ensuite suivant leur rang; la noblesse romaine tire au sort les autres loges. Les dames romaines, choquées de la préférence accordée aux ministres étranger , obtinrent de Benoît XIV que toutes les loges seraient tirées au sort. Ceci se passait au moment même de l'arrivée de Choiseul. Ce dernier, en apprenant cette innovation, réclama; on passa outre; sur ce, il déclara qu'il allait repartir; on crut la menace vaine, mais le pape ayant envoyé à l'hôtel de l'ambassadeur, on lui rapporta que tout y était sens dessus dessous et qu'on emballait à force. Effrayé, le Saint- Père fit venir Choiseul et lui déclara que puisqu'il était si attaché à sa loge il la lui rendait avec plaisir. Le duc répondit que cela ne suffisait pas, qu'il se tenait pour offensé, et qu'il exigeait comme réparation qu'on lui donnât la loge du gouverneur. Cette demande parut au pape extra-

vagante et le mit dans la plus violente colère; mais Choiseul ne s'en émut pas. S^étant radouci, Benoît XIV lui représenta qu*il demandait une chose sans exemple, contraire à tous les usages, mais que puisqu'il désirait aller dans la loge du gouverneur il chargerait le cardinal Arquinto (qui était alors gouverneur) de lui en faire les honneurs. Choiseul répondit très simplement que ce n'était point d'aller dans la loge du gouverneur qu'il désirait, mais de l'avoir à lui, d'en faire ôter les meubles pour y mettre les siens; en un mot, il fut intraitable. Pour avoir la paix, le pape fut forcé de consentir à tout.

A la première représentation, Choiseul se présenta au théâtre ; mais ayant appris que le gouverneur, irrité, voulait revendiquer sa loge même par la force, le duc avait armé ses gens et prévenu Arquinto que s'il osait entreprendre la moindre violence pour entrer dans cette loge il le ferait jeter dans le parterre. Tout Rome fut pétrifié. Le pape chargea le cardinal Valenti de faire une mercuriale à l'ambassadeur. Ce prélat, qui avait beaucoup de dignité, débita une harangue des plus éloquentes, mais Choiseul lui rit au nez en claquant des doigts, c'était son geste favori, et en

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