‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 28 sur 244 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

disant : a Vous vous moquez de moi, monseigneur, voilà trop de bruit pour un petit prestolet quand il s^agit d*un ambassadeur de France; » puis il fit une pirouette sur les talons et sortit.

Choiseul garda pendant un an la loge du gouverneur, puis il reprit tranquillement la sienne.

Quelques mois plus tard, le cardinal Valenti étant mort, le pontife décida de lui donner pour successeur le cardinal Arquinto. Choiseul, prévenu et assez ennuyé de ce choix, courut auprès de Benoît XIV et le pria de retarder la nomination, qui ne serait pas agréable à la France. Le pape refusa; il soutenait qu'il était le maître chez lui, que le roi de France ne le consultait pas pour choisir ses ministres, etc. Bref, la discussion s'étant échauffée, il en arriva à un tel transport de fureur que, se levant, il courut à Choiseul, le prit par le bras et, le poussant vers son fauteuil, il lui cria : Fa el papa, fa el papa. La querelle fut si violente que le duc craignit un instant pour la vie du pape. Voyant qu'il ne pourrait rien obtenir, il se retourna très habilement et demanda à Benoît XIV de le laisser annoncer lui-même à Arquinto sa nomination en lui disant que c'était à sa sollicitation qu'il la devait.

Oest ce qui eut lieu. Arquinto, ravi, oublia surle-champ tous ses irriefs et devint le meilleur ami de l'ambassadeur (i).

Benoît XIV et Choiseul, bien qu'ils fussent l'un et l'autre de tempérament presque également violent, finirent par s'aimer beaucoup. Le pontife appelait Choiseul a un fou, mais un fou qui avait bien de l'esprit ». Il poussa l'affection pour lui jusqu^à demander en sa faveur le cordon bleu, sachant qu'il le désirait ardemment; il le lui fit obtenir, et c'est lui-mi-me que le roi chargea d'annoncer la nouvelle à Choiseul.

L'ambassadeur ne réussit pas moins bien auprès des Romains. Éblouis du luxe qui régnait dans sa maison, des grâces de la cour qu'il procurait à SCS clients, il fut bien vite courtisé, aimé et admiré. Il avait le don de charmer tous ceux qu'il voulait s'attacher.

Si l'on veut se rendre compte du changement IrC's rapide survenu dans l'esprit de Choiseul, il faut lire ses dc^pêches de Rome, ses jugements sur

(i) A propos de cette audience et des indiscrétions qui" furent commises, Choiseul écrit : m L'appartement oîi je vois le pape l'été est tout ouvert, et il y a des valets de chambre ou des prélats à chaque porte qui cherchent à entendre ce qui se dit dans les audiences. » — Aff. étr.

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