CHAPITRE DEUXIÈME
la cour pontificale et sur les Romains. L'homme léger, frivole, a disparu; le courtisan sans instruction et sans consistance n'existe plus ; ou du moins il y a temps pour tout, et s'il a conservé la même ardeur pour le plaisir, il montre dans les affaires sérieuses une maturité d'esprit, une sûreté de jugement vraiment supérieures. Il y a des mémoires de lui qui sont de purs chefs-d'œuvre. Et ils sont écrits d'une plume alerte et vive, avec beaucoup de verve et de causticité.
Ses appréciations sur la société romaine sont sévères et il en fait une peinture peu séduisante.
a Les Romains sont portés à critiquer les étrangers, dit-il, et surtout les Français, mais on se dédommage quand on connaît mieux cette société. Les cardinaux, les prélats et les séculiers tous ensemble et chacun en particulier ne cherchent qu'à se nuire. Il n'y a pas une liaison véritable à Rome, on n'y songe qu'à son intérêt particulier et à la destruction de son voisin.
a Quand les Romains ont besoin de vous, ils sont d'une bassesse embarrassante; quand vous leur êtes inutiles, il n'y a pas d'êtres plus avantageux et plus méprisants.
a Aussi ne peut-on pas avec ce peuple se borner
à être indifférent) il faut faire du bien ou du mal, être aimé ou craint. »
Et c^est ce précepte qu41 met en pratique. Pour se faire craindre ou bien venir, Choiseul n*hésite pas à employer les mêmes arguments que ses prédécesseurs, c'est-à-dire des arguments pécuniaires. Presque toute la cour pontificale touche des pensions annuelles sur la cassette royale. Le gouverneur de Rome, le coadjuteur du cardinal vicaire, le secrétaire d'État lui-même, et beaucoup d'autres encore se laissent tout simplement payer.