‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 32 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

animait ses paroles et ses actions, le désir de plaire, qu'il lui était facile de satisfaire et dont elle rapportait le succès à son époux, digne objet de sa tendresse et de son culte ; cette extrême sensibilité qui la rendait heureuse ou malheureuse du bonheur ou du malheur des autres, enfin cette pureté d'âme qui ne lui permet pas de soupçonner le mal. On était en même temps surpris de voir tant de lumières avec tant de simplicité. Elle réfléchissait dans un âge où l'on commence à peine à penser. »

Et l'abbé avoue que dès cette époque ses nouveaux amis lui inspirent le plus tendre attachement et qu'il se dévoue à eux pour le reste de ses jours. L'on peut aisément supposer que dans ces conditions le séjour de Rome parut à Barthélémy délicieux, incomparable, à nul autre pareil. Son enthousiasme déborde, et il le manifeste en termes plaisants; il ne sait comment suffire à tout, a Je voudrais être quatre, écrit-il : un pour voir, un pour réfléchir, un pour écrire et un pour les devoirs qu'il faut remplir. » Les journées sont vraiment trop courtes dans cet heureux pays, a Le soleil se lève et se couche en un clin d'œil. » Il faudrait rester plusieurs années à Rome !

a J'ai passé deux heures au Capitole, écrit-il

avec désespoir, et je n'ai rien vu. L'amas énorme de statues, de bustes, d'inscriptions et de basreliefs réunis dans ce palais par les soins des derniers papes épuise Fadmiration. Imaginez de vastes appartements, je ne dis pas ornés, mais remplis, mais comblés de statues et de toutes sortes de monuments, des galeries multipliées^ des corridors, des escaliers où l'on ne voit que grandes statues, grandes inscriptions, etc. On trouve ici l'ancienne Egypte, l'ancienne Athènes, l'ancienne Romel... Sérieusement la tête m'en tourne; et j'ignore quel temps il faudra pour voir tout ce Capitole, et puis tout ce Colisée, et puis tous ces arcs, et puis tout ces aqueducs, et puis tout ce Saint- Pierre, et puis tous ces cabinets particuliers. »

Chaque jour l'abbé se lève de bonne heure, et il travaille plusieurs heures à la bibliothèque du Vatican. L'après-midi il se promène avec l'ambassadrice, il court avec elle les musées, les monuments, ou bien il l'accompagne au cours d'antiquité de l'abbé Venutti.

L'arrivée de Barthélémy, sa conversation pleine d'agrément, ses occupations intellectuelles et scientifiques, dont elle prenait sa part, avaient été pour Mme de Choiseul une fort heureuse diversion

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