‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 33 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

et avaient amené dans sa vie journalière une distraction des plus précieuses.

Certes elle avait fort bien réussi dans la société romaine ; sa grâce et son esprit lui avaient attiré toutes les sympathies ; les habitants étaient d'une grande politesse, remplis de prévenance, obligeants et de facile accès; il régnait de plus une grande liberté. Malheureusement les relations étaient extrêmement restreintes, et rien n'était plus difficile que de se faire une société. Suivant l'usage du pays, personne ne recevait; ce n'était point par avarice, mais parce que chez les Romains le luxe consistait à faire construire des monuments et non à donner des fêtes à ses amis.

Et puis la société était fort divisée. Il y avait trois camps dans la haute noblesse : celui des princesses, celui des femmes titrées, celui de la simple noblesse. Ces différentes classes ne se mêlaient jamais et se détestaient.

Les principales maisons séculières étaient celles du connétable Colonna et de son frère, du prince Palestrine, du prince Borghèse, etc.; mais ces maisons, qui ne s'ouvraient pas pour les Romains, s'ouvraient encore moins pour les étrangers. Plusieurs fois par semaine cependant il y avait conver-

sation cliez la duchesse Corsini, chez la comtesse Petroni ou chez quelque autre dame; les rafraîchissements y étaient plus que simples . Mais les usages du pays rendaient ces visites peu attrayantes pour les étrangers.

If Chaque femme est accompagnée de son sigisbée ou cavalier servant, écrit Mme de Nivernais ; on les voit arriver ensemble ou à quelques minutes de distance. Chaque couple s^assied à part et cause à voix basse sans que personne s'avise de les interrompre j puis ils se mettent au jeu, ce qui est la principale distraction de ces assemblées. On soupe rarement dans ces conversations, le souper n'étant guère en usage à Rome.,. Le rôle des maris paraît bizarre au premier moment; ils n*ont point Pair de le trouver désagréable et prétendent que les soins excessifs d'un sigisbée ne dépassent point la mesure et que leurs femmes sont infiniment moins coquettes que les Françaises, puisqu'elles ne cherchent à plaire qu'à un seul homme. Quoiqu*il en soit, la constance de ces liaisons est surprenante : une femme qui changerait d'amoureux ou un homme qui aurait changé de maîtresse seraient mis au ban de l'opinion. Ainsi la vie rrune femme se passe Iranquillemenl enîre

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