CHAPITRE TROISIÈME
son mari et son sigisbée, Vun et l'autre vivant ensemble dans la meilleure intelligence (i). »
Le corps diplomatique offrait-il au moins quelques ressources? En aucune façon. D'abord il était fort restreint, puis ses membres, à part deux ou trois exceptions, étaient des « espèces » qui ne méritaient guère l'attention (2) .
Le seul diplomate qui eût une véritable valeur et qui devint pour les Choiseul une précieuse ressource était le bailli de Solar, ministre de Malte. Doué d'un esprit des plus fins, il sympathisa bien vite avec le duc, et ils se lièrent d'une profonde amitié. M. de Solar prit bientôt sur l'ambassadeur
(i) 1749. — Le Duc de Nivernais ^ par Lucien Perey, Calmann Lévy, 1890.
(2) M. Capello, ambassadeur de Venise, était un homme instruit, mais on ne pouvait voir sa femme, dont la conduite était scandaleuse et qu'entretenait publiquement le cardinal promajordome, favori du pape. Le ministre de Sardaigne, le comte de Rivera, avait de l'esprit, de la gaieté et des connaissances; malheureusement il était affreusement sourd. Le ministre de Saxe, le comte Laguasco, était un homme assez borné ; de plus, il vivait dans la misère, la cour de Dresde ne payant plus ses ministres. Les agents du Portugal, de l'électeur palatin, de Prusse, de Gênes, de Modène, des Grisons, du roi Stanislas, ceux de quelques princes de l'Empire, étaient des espèces ou des subalternes qu'on ne pouvait fréquenter. (Aff. éir„ dépêches de Choiseul.)
la plus heureuse influence ; il devint son éducateur en politique, et il donna rapidement à son esprit les connaissances et la maturité qui lui manquaient.
M. et Mme de Choiseul se dédommageaient de l'absence de réceptions dans la société romaine en recevant beaucoup chez eux et en tenant pour ainsi dire table ouverte. Le duc, malgré la vivacité et la façon plus que cavalière dont il avait agi aveè les Romains, s'était acquis rapidement parmi eux une excellente situation. Sa gaieté, son entrain, son esprit, avaient contribué à attirer chez lui toute la société. « Il était difficile de trouver dans un homme plus de talents, d'agréments et débouté, écrit Barthélémy. » Son luxe, ses réceptions brillantes, qui contrastaient si singulièrement avec la vie terne et parcimonieuse des Romains, firent le reste.
L'on voit défiler chez les Choiseul tout ce que Rome compte d'illustrations et de gens distingués dans tous les genres : antiquaires, savants, artistes, dînent sans cesse à l'ambassade avec les prélats de la cour de Rome et les généraux des ordres religieux. Jacobins, capucins, carmes, jésuites, s'y rencontrent journellement; beaucoup