‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 35 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

y dînent plusieurs fois la semaine. L'on voit défiler à la table des Choiseulle cardinal Albani, les pères jésuites Contucci, Flachard, Boscovitz; le cardinal Passionei, le docteur Gori, le chanoine Mazzochi, le père Jacquier, le plus grand géomètre de l'Europe; le père Paciaudi, savant illustre et modeste; c'est lui qui dit de Mme de Choiseul : 0 Cette femme a de Tesprit comme un ange et tout autant de mérite. »

Le salon de l'ambassadrice est devenu un centre de réunion; pleine de grâce, de sagesse et de goût, la charmante femme attire à elle les hommes de mérite dans tous les genres ; elle préside avec sa grâce juvénile ces réunions brillantes. Malgré son extrême jeunesse et une assez grande timidité, elle tient tête à tous avec esprit : bien loin d'être grisée par sa situation, elle a conservé la modestie et la simplicité qui font le charme de sa nature. Elle n'aime pas à se mettre en avant, mais elle a l'art de savoir écouter et celui, le plus apprécié de tous, de faire valoir l'esprit des autres, a Formée par des lectures solides, écrit le duc de Nivernais, par des réflexions toujours justes et mieux encore par l'heureux instinct d'un caractère qui ne lui laisse dire, penser et faire que ce qui est bien, elle jouis-

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sait déjà dans Rome d'une haute considération. » Dans la société intime qui se réunissait chez l'ambassadeur et qui en faisait un centre charmant d'esprit et de gaieté, il n'y avait pas que des Romains, on y rencontrait aussi des Français et quelques étrangers.

Les habitués du cercle intime était naturellement l'abbé Barthélémy, Boyerde Fonscolombe, le président de Cotte, l'abbé deCanillac, puis le bailli de Solar, dont nous avons déjà parlé et qui était devenu l'hôte le plus assidu des Choiseul; il y a aussi La Condamine, qui réside momentanément à Rome, et un jeune Allemand, le baron de Gleichen (i), que nous re verrons souvent au cours de ce récit.

Quand on était réuni dans le salon, la conversation était délicieuse; on effleurait tous les sujets les plus intéressants, les plus futiles ; chacun apportait son tribut de gaieté et d'agrément; on contait les nouvelles de Rome, celles de France, et les heures passaient avec rapidité. Mais celui qui était

(i) Le baron de Gleichen était né en 1735 à Bayreuth. En 1755, il accompagna le margrave et sa femme en Italie. L'année suivante, il revint seul à Rome, chargé par la margrave de plusieurs commissions qui l*obligèrent à un assez long séjour.

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