‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 37 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

expérience des mérites de cette cérémonie (i).

Cette curiosité l'amenait à commettre dans la société les pires inconvenances. Quand il voyait deux personnes causer en particulier, il n'hésitait pas à s'approcher d'elles, et comme il était très sourd il prenait hardiment son cornet acoustique pour les mieux écouter. Dès qu'il trouvait une lettre sur une table, il ne pouvait s'empêcher de l'ouvrir et de la lire.

Il lui arriva un jour une amusante aventure chez l'ambassadrice. Il était dans le salon et la duchesse écrivait à son bureau, lui tournant le dos. La Condamine ne peut résister au désir de savoir ce qu'elle écrit, il s'approche d'elle doucement et lit par-dessus son épaule. Mme de Choiseul, s'étant aperçue du manège, continue ainsi sa lettre : « Je vous en dirais bien davantage si M. de La Condamine n'était pas derrière moi lisant ce que je vous

(i) Un jour, étant parvenu à pénétrer dans une assemblée de convulsionnaires, il vit crucifier une jeune fille fort jolie. Lorsqu'elle fut détachée, il s'approcha d'elle, et comme il était sourd il lui cria dans l'oreille : « Mademoiselle, vous faites ici un bien vilain métier; si c'est pour gagner de l'argent, je vous en fournirai un autre qui, assurément, vous donnera beaucoup plus de plaisir, n Ce propos souleva un tumulte effroyable et La Condamine fut à moitié assommé.

écris. » a Ah! madame! s'écrie aussitôt le savant ingénument, rien n'est plus faux, et je vous assure que je ne lis pas. »

Parmi les familiers de l'ambassade, il faut citer encore les artistes qui viennent étudier à l'Académie de France, et parmi eux Greuze (i) et Guiard (2) .

M. et Mme de Choiseul font à tous l'accueil le plus aimable et se montrent les protecteurs éclairés des arts; la duchesse en particulier a le sentiment du beau et la justesse de goût la plus décidée. Elle ne se contente pas de combler les artistes de bontés et d'encouragements, elle leur fait de nombreuses commandes pour les exciter au travail; il est impossible d'avoir du talent sans avoir droit à sa protection.

Greuze surtout est le favori de la duchesse ; elle lui fait faire son portrait et aussi celui de l'ambassadeur; tous deux sont très ressemblants et remarquablement peints.

(i) Greuze (1725- 1805). Il resta à Rome de 1755 à 1757.

(2) Guiard (Laurent) (1723- 1788), élève de Bouchardon. Il passa trente-cinq ans en Italie et s'obstina à ne traiter que des sujets de l'antiquité ou à la manière antique. Il arriva à Rome en 1755, âgé de 32 ans. Il devint en 1769 premier sculpteur du roi de Parme.

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