CHAPITRE TROISIÈME
Un jour, Tartiste apporte nn tableau qu'il vient de terminer et que Barthélémy trouve une pure merveille : une jeune fille portait un panier d 'œuf s ^ un jeune homme a joué avec elle, le panier est tombé et les œufs se sont cassés. La mère arrive, saisit le jeune homme par le bras et demande réparation des œufs; la fille, interdite ^ est assise par terre; le jeune homme, embarrassé » donne les plus mauvaises excuses du monde et la vieille est en fureur. Un petit enfant jeté sur le coin du tableau prend un de ces œufs cassés et tâche de le rajuster, Mme de Choiseul, enthousiasmée, achète le tableau (i).
Guiard, le sculpteur, n'est pas moins apprécié par Taimable duchesse; lui aussi travaille avec acharnement, et c'est toujours au palais Cesarini qu'il vient présenter ses œuvres nouvelles; tantôt il apporte une Vénus de Médicis, tantôt les trois
(i) Un autre jour Grenue soumet à Tambassadrice un tableau qui excite Tadmiration générale ; il est surprenant pour la couleur. « C'est un PortugaiSj déguisé en marchand d'allumettes, qui veut s'introduire dans une maison pour voir une jeune demoiselle. La servante soupçonne quelque fourberie, tire son manteau et découvre l'ordre du Christ. Le Portugais est confus et la fille ^ qui est présentei se moque de lui à la napolitaine, c'est-à-dire en mettant ses doigts sous son menton» Le peintre s*est surpassé dans le coloris et la distribution des lumières, u
Grâces de la villa Borghèse, tantôt le cheval de Balbus, d'Herculanym; cette dernière œuvre est ^i remarquable que Mme de Choiseul n*hésite pas et l'achète sur-le-champ. Et Guiard, ravi^ de s'écrier naïvement, à la grande joie des assistants : Œ Madame, vous me mettez le feu dans le corps, »
Il était heureux pour Mme de Choiseul d^avoîr pu grouper autour d'elle un cercle d'hommes aimables et intelligents qui se retrouvaient presque tous les soirs, car, en dehors des réceptions à l'ambassade, la vie à Rome était peu mouvementée, Fusage des habitants, nous lavons vu, étant de ne pas recevoir.
Lorsque Mme de Choiseul n'avait pas de réunion chez elle, elle se rendait au théâtre, soit avec son mari, soit avec quelques-uns de leurs commensaux. Il y avait quatre opéras où Ton pouvait aller, et c^était une assez grande ressource. La pièce ou la musique importaient peu, car à Rome comme à Paris le bon air consistait à aller faire des visites de loges en loges, à faire la cour aux dames et à ne pas écouter la pièce.
Dans la journée, la grande distraction mondaine était la promenade du Corso, la rue fameuse qoî va de la place Saint- M arc à la porte del Popolo,