‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 40 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

vert, et on le promène ensuite triomphalement par les rues, où il est acclamé par une foule en délire.

Au milieu des plaisirs de la société, qull apprécie mieux que personne, et des distractions que lui fournit l'amitié de M, et de Mme de Choiseul, Barthélémy n'oublie pas qu'il est en mission et que son devoir est de faire une ample récolte pour le cabinet du roi. Malheureusement on ne peut s'imaginer combien ces Italiens sont âpres au gain et les prix qu'ils demandent des moindres objets. Dès qu'ils connaissent ia valeur de ce qu'ils possèdent, ils sont inabordables. Heureusement Tabbé est savant, plus savant que beaucoup de marchands j il découvre souvent des objets anciens dont lui seul connaît la valeur, et il se fait un doux plaisir d'acheter pour rien des bibelots de grand prix. Ce qui prouve que la morale du collectionneur n^a pas varié et qu'elle était autrefois ce qu^elle est de nos jours.

L'abbé raconte naïvement ses déceptions et ses Joies : a Mon voyage aurait été bien infructueux si le cabinet du roi ne m'avait donné des notions qui manquent à ces gens-ci; les médailles les plus rares que j'aie acquises sont précisément celles qu'ils connaissaient le moins : le hasard ne m'a pas

mal servi; j'ai plusieurs pièces uniques et beaucoup d'extrêmement rares. »

Dans son ardeur de recherches et dans son zèle d'acquérir des trésors inconnus, le cher abbé devient rinnocente victime d*un o truqueur » de répoque* Un jour donc on lui apporte en grand mystère un tableau trouvé dans les fouilles d'Herculanum ; il était couvert de poussière et de boue comme il convient à une œuvre aussi ancienne; mais un peintre vénitien, Giuseppe Guerra, fort habile homme, a trouvé le secret de le « débarbouiller B et de lui rendre sa fraîcheur primitive.

L^abbé accepte la fable avec candeur^ et dans la crainte de voir échapper cette inestimable trou* vaille il s'empresse de Tacheter » au poids de l'or naturellement.

Peu de temps après ^ il découvrait avec désespoir qu^il avait été indignement trompé et que le précieux tableau était l'œuvre de Guerra lui-même. Sa seule consolation fut d'avoir été dupé en bonne compagnie : le cardinal Albani, le père Contucci, Gleichen, La Condamine, l'abbé Venutti, beaucoup d'Anglais et d'Allemands n'avaient pas montré plus de clairvoyance.

Mme de Choiseul rit beaucoup de l'aventure et

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