‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 41 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

de la facilité avec laquelle son cher abbé avait été abusé; ce fut la source dans leur cercle intime d'inépuisables plaisanteries.

Barthélémy, sans égard pour son amour-propre, voulut avoir le cœur net de sa déconvenue et aller jusqu^au fond des choses. Il finit par découvrir qu'il y avait à Rome une fabrique de vieux tableaux soi-disant trouvés à Pompéi qu'on écoulait discrètement aux antiquaires de l'Europe entière; naturellement on avait bien soin de leur recommander à tous un secret absolu. C'est Guerra qui se livrait à ce fructueux commerce (i).

Au mois de mai, Barthélémy part pour Civita- Vecchia avec M. et Mme de Choiseul ; ils y passent trois jours charmants à visiter la ville et les environs.

(i) Il n'était pas le seul ; il avait un concurrent, un orfèvre, Charles Gropalesî ; ce dernier ne se contentait pas du trafic de fausses peintures, il fabriquait également des sistres, des lampes, des candélabres et d'autres pièces de bronze; on les disait sorties des fouilles d'Herculanum et on les vendait des prix fous aux amateurs. Ce commerce n'était pas nouveau; déjà, au commencement du dix-huitième siècle, il y 'avait à Venise un habile imposteur qui faisait fortune en vendant des monnaies, des gravures, des inscriptions, des vases étrusques de sa fabrication et si bien imités que les meilleurs connaisseurs s'y laissaient tromper.

A leur retour, ils font leurs préparatifs pour aller passer l'été daas la villa que l'ambassade ur possède à Frascati et où il habite pendant la saison des grandes chaleurs, c'est-à-dire pendant les mois de juinj juillet et août. La villa est des plus simples, car le loyer ne coûte que 1^500 francs par an; le mobilier est en sâtinade et en damas, mais la situation est ravissante.

Ce qui fait le charme de ce lieu, en plus de ses vastes jardins I c*est sa fraîcheur délicieuse; des eaux claires, limpides, magnifiques, y coulent en abondance. Dans les environs il y a beaucoup de maisons de campagne ; les plus belles sont le belvédère Aldobrandini, le Montdragone, où les Borghèse passent la belle saison; la villa Ludovisi, l'ermitage des Camaldulesj où le cardinal Passionei vient souvent en retraite.

Ce séjour ravit les Choiseul et leurs amis; ils y trouvent des distractions de tous genres, et ils ne souffrent pas de Tisolement, car la société de ^ambassadeur Va suivi dans sa nouvelle résidence.

L'abbé est enthousiasmé; il rencontre des antiquités à chaque pas : des restes de maisons, de piscines, d'amphithéâtres. C'est un enchantement

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