‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 43 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

qu'il n'a rien lu, qu'il ne connaît aucun secret. Choiseul se montre inflexible; quoique son cœur en souffre y il obéira à son devoir; il fait appeler îa garde, qui s'empare du coupable, et il donne l'ordre de préparer la chaise de poste qui va le conduire en France.

La Condamine, éperdu, se jette aux pieds de rambâssadeur. Mme de Choiseul, fort divertie, joint ses prières aux siennes; toute la société, ravie de l'aventure, marque le plus vif attendrissement* Enfin Choiseul feint de se laisser toucher, et après quelques paroles pathétiques il accorde un magnanime pardon. Bien entendu La Condamine ne se corrigea nullement, et il continua de plus belle ses excentricités.

Vers la même époque, Gleîchen eut avec son hôte une querelle qui devait les brouiller à jamais et qui au contraire cimenta pour toujours leur amitié, a Choiseul aimait l'audace, écrit le baron, et c'est par un propos presque offensant et que j'avais soutenu avec toute la folie romanesque d'un jeune homme de vingt-deux ans que j'ai trouvé le chemin de son cœur. » L'aventure fait autant d'honneur à l'un qu'à l'autre et vaut la peine d'être racontée.

Gleichen était déjà l'hôte des Choiseul à Rome;

quand ils partirent pour Frascati^ ils T invitèrent à venir les rejoindre; le jeune homme accepta; il arriva à Frascati vers la fin de juillet. On allait se mettre à table, et il se joignit aux convives. Le hasard amena tout à coup la conversation sur la margrave de Bayreuth , et Choiseul, oubliant la présence de Gleichen , parla d'elle peu respectueusement. Blessé dans tous ses sentiments de reconnaissance et d'affection pour une femme qui l'avait élevé, le jeune homme ne peut se contenir; il se lève, et, sans souci de son âge et de la nombreuse assistance, il réplique à Choiseul de la maDière la plus vive et lui déclare qu-il ne tolérera pas qu'en sa présence on parle ainsi de la margrave. Le duc, fort échauffé, jette sa serviette sur la table et b,e lève à son tour. Mais Gîeichen a déjà quitté la salle, il demande ses chevaux et veut immédiatement se retirer.

Heureusement Mme de Choiseul intervînt, et elle arriva bien vite à tout pacifier. Choiseul reconnut ses torts, et il promit à Gleichen de ne jamais rien dire devant lui qui pût blesser ses sentiments de reconnaissance pour sa bienfaitrice.

Bien loin d'en vouloir au jeune homme de son algarade et de sa verte réplique, il conçut pour lui

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