CHAPITRE QUATRIÈME
il recevait de certains évêques de France des lettres qui le troublaient beaucoup. Ces évêques, poussés par les jésuites, auraient voulu mettre le royaume en combustion pour l'honneur de Ja bulle, et ils menaçaient même le pape d'un schisme*
Choiseul ne se laissa pas décourager par les obstacles j il persuada au pape de ne pas répondre aux évêques; ces derniers, du reste, n'avaient aucuns talents personnels; leur seul mérite était d'avoir des mœurs assez bien réglées, a Les prêtres sots et ambitieux, disait Choiseul, ressemblent beaucoup aux femmes qui se croient tout permis^ même de rendre leurs maris malheureux quand elles n*ont pas d'amant, » 11 sut déployer tant d'adresse, de souplesse, d*éloquence et en même temps d'esprit politique qu'il arriva à son but*
Enfin la lettre fut prête et envoyée à Versailles, et elle revint à Rome, acceptée par la cour de France.
En somme, le Saint-Siège n*avait guère transigé que sur des questions de pure forme, mais le pape avait donné une explication claire de son opinion sur la bulle Unigenitus, et cette seconde bulle annulait la première (i).
(i) Choiseul à Rome, — Arch. Aff. étr, — Revue de Paris, 1" juillet 189g*
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Choiseul avait déployé dans les négodatioos les plus brillantes qualités ^ et il avait en somme parfaitement réussi* « Il a montré beaucoup plus de capacités qu*on n'en attendait de lui, » écrivait Benoît XIV.
Les heureux résultats que la bulle eut pour le bien du royaume en sont la preuve; elle ramena la paix et la concorde dans le clergé de France, et elle porta un coup fatal au parti jansénistCj qui dès lors perdit toute importance dans rÉtat.
Bien entendu la lettre encyclique ne fut pas du goût de tout Je monde, et elle souleva bien des récriminations. Les Parlements de Rouen et de Paris la déclarèrent contraire aux libertés de r Eglise gallicane; mais le 13 décembre, Louis XV tenait un lit de justice et intimait au Parlement de Paris Tenregistrement de Fency clique.
«r Je ne suis pas surpris que la lettre du pape ait fait des mécontents, écrit l'abbé Barthélémy; elle est trop modérée pour l'un et Tautre parti; on en sentira la sagesse lorsque la fougue des préventions se sera dissipée. Je ne suis point ultramontain, je tâche seulement d'être raisonnable. Je me rappellerai toute ma vie ce que disait Marcel, c^est qu'il n'y a qu'en France qu'on sait danser.