‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 48 sur 244 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

mais qu'en revanche tout le reste va bien mal.

Les plus mécontents furent les jésuites, qui perdaient ainsi le fruit de quarante ans de travaux. Ils ne pardonnèrent jamais à Choiseul (i).

Les graves intérêts qu'il avait été chargé de négocier ayant été menés abonne fin, Choiseul demanda un congé pour retourner en France. Il allait le recevoir lorsque le pape tomba gravement malade d'une hydropisie de poitrine, et l'ambassadeur dut remettre à plus tard ses projets de voyage.

Benoît XIV avait quatre-vingts ans et sa maladie pouvait légitimer toutes les inquiétudes, on pourrait dire toutes les espérances. « Dans ce pays-ci on souhaite indécemment le changement de sou-

(i) Avant même qu'il ne fût à Rome, Tordre regardait Choiseul avec méfiance et le surveillait.

En 1755, le père Laugier, prêchant devant le roi, avait parlé dans les termes les plus violents des jansénistes. Il était question de ce sermon un soir après souper chez M. Rouillé, ministre des affaires étrangères. « Il faut chasser ce jésuite de Versailles, dit Choiseul, et ne plus parler de sermons et de jansénistes. i> Les jésuites, avisés de ce propos, tinrent dès lors Choiseul en suspicion. Pendant tout le temps de son séjour à Rome, le duc fut très attentivement surveillé. Les jésuites venaient très assidûment chez lui, on les comblait d'égards et d'attentions, mais rien de plus. Jamais l'ambassadrice ne voulut leur donner le soin de diriger sa conscience, et, entre nous, je crois que personne n'était chargé de ce souci.

verain, écrit Choiseul, ou pour son intérêt personnel, ou par simple curiosité. »

L'état du pape parut si grave qu'on lui administra l'extrême -onction et qu*on ordonna de réciter les prières des agonisants dans toutes les églises de la ville. On ne s'en tint pas là. On commença les préparatifs de la pompe funèbre, et on se mit à travailler à la construction du conclave ; les intrigues pour la succession se donnaient libre cours. La confusion dans toutes les tètes était extrême.

L'abbé Barthélémy résumait gaiement ses impressions sur la situation quand il écrivait, le 22 décembre 1756 :

«f Je comptais voir un conclave ^ mais on n'entend plus rien à la maladie du pape ; il est si bien, il est si malj qu'il ne faudrait pas être surpris d'apprendre sa mort dans quelques jours ou de le voir vivre encore quelques années.

« Il reçut tous les sacrements la semaine dernière et l'on prépara tout pour ses funérailles et pour le conclave. Le lendemain il était mieux et Ton prépara les théâtres pour ce carnaval. Lundi il y eut de la fièvre, on continua à travailler au conclave. Hier la fièvre cessa, on fit une répétition de

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