‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 50 sur 244 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

dans le plus grand accablement et la douleur la plus vive que j^ai jamais vue. Tous les Français qui sont à Rome fondent en larmes ; nous sommes h présent dans Tinquiétude pour les suites, n

Chois eu 1 raconte que tous ses domestiques versaient des torrents de larmes . Plus tard^ rappelant ces scènes de désespoir, il écrivait amèrement, en parlant du roi : œ La moitié de ses sujets périraientj ceux qui l'approchent le plu^p moi-même, sans que notre perte produisît sur son cœur le plus léger effet de sentiment. »

Ce fâcheux événement ne fit que hâter le départ de Tambassadeur. Le 23 janvierj il quitte Rome; le 31, il est à Parme, où il fait sa cour à Madame Infante : ils ont de longs entretiens au sujet de l'ambassade de Vienne ^ qui devient de première importance et qui doit mener le duc, s*il l'obtient ^ à de plus hautes destinées; la princesse lui promet son appui.

Le 12 février, Choiseul arrive à Versailles. L'attentat de Damiens eut de graves conséquences; il failUt en avoir de plus graves encore. Il s'en fallut de peu que Choiseul ne perdît sa protectrice et que sa fortune naissante ne s^effondrât lamentablement. Le roi, qui se croyait e m poi-

sonné, s*eiifenna dans sa chambre pendant neuf jours. Mesdames, la famille royale, empêchèrent toute communication avec la favorite ; on espérait que s*il recevait les sacrements il la renverrait.

Mais le neuvième jour le monarque descendit chez la marquise ; elle Taccueillit fort bien et ne lui fit aucun reproche sur son silence ; enchanté d'éviter les scènes qu'il redoutait, il fut fort aimable, et il reprit rhabitude d'aller chez elle une fois par jour.

Le premier soin de Mme de Pompadour, sa situation reconquise, fut de faire exiler MM. d'Argenson'(i) et de Machaiilt (2), qui s'étaient fort mal conduits vis-à-vis d'elle.

(i) Argenson (Marc*Pierre, comte d^ (1696-1764), M, d'Argenson, comme surintendant des postes, présentait chaque jour au roi les copies des lettres du cabinet noir. Mme de Pompadour le supplia de supprimer dans ces copies tout ce qui concernait l'accident du rot pour ne pas TefFraver; le surintendant s j refusa absolument.

Voici comment Chotseul parle de lui dans ses mémoires :

H D'Argenson était un homme de condition d'une très belle fi^re, qui avait de Tesprit naturellement et de la grâce dans Tesprit. 11 avait été élevé dans la robe et dans Fintrigue, Ses connaissances étaient très superficielles; son cŒ^ur n*étaît sensible qu^au désir de satisfaire sa vanité et son ambition. H n'avait intérieurement aucun principe d'honnêteté, de probité ni de vérité, mais il savait masquer la pourriture de son cœur par des dehors aimables, n {Rrpue de Paris^ 1900.)

(2) Machault d*Arnoa ville (J.-P, de) (1701-1794)* Aussitôt

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