CHAPITRE QUATRIÈME
les événements militaires qui me rebutent, il faut s*y attendre, en profiter ou y remédier. Mais c'est que je vois que tous les côtés manquent d'ordre, de cet ordre indispensable dans les grands projets, et je prévois que tout ceci, si on ne le réforme, finira par être le déshonneur des deux cours alliées ; or, monsieur le comte, je puis supporter tout, excepté d'être employé dans une besogne qui déshonorera mon maître et ma nation. Je n'ai pas passé de jours depuis que je suis ici où je n'aie maudit l'instant de faiblesse que j'ai eu d'accepter cette ambassade. Tout ceci est pour vous seul, je vous le demande en grâce (i). »
Peu à peu, cependant, l'influence du duc grandissait à Versailles, et il était devenu l'arbitre de la situation. De tous côtés on sollicitait ses conseils. M. de Bemis lui écrivait : « Toutes vos lettres à nos généraux sont remplies des réflexions les plus solides... Le roi et son conseil continuent à rendre la plus entière justice à vos talents, à votre zèle, à votre activité... (2). »
La situation de M. de Bemis devenait chaque
(i) Inédite. Aff. étr., Vienne, 1757.
(2) En août 1758, Choiseul, comme récompense de ses services, reçoit le titre de duc.
jour plus difficile; il voulait la paix, mais ne pouvait faire prévaloir ses idées. Désireux cependant de rester au pouvoir, il imagina de rappeler Choiseul et de partager avec lui la direction des Affaires étrangères, a Réfléchissez mûrement, lui écrivaitit, sur une idée que j'ai depuis longtemps. Je crois que vous seriez plus propre que moi aux Affaires étrangères ; vous avez du nerf : vous auriez plus de moyens que moi pour frapper de grands coups par notre amie.,, (i) ; d'un autre côté, unis comme nous sommes, nous deviendrions les plus forts... vous avez du courage et les événements ne vous font pas tant d'impression qu'à moi. w {26 août
Le 16 septembre, il écrivait encore : « Le salut de l'État demande que vous soyez ici pour gouverner notre amie^ pour la sauver de la rage de Paris, pour rétablir nos affaires sur un pied que je n^ai pu réussir à faire établir... (2). »
La combinaison de M, de Bernis dénotait une grande dose de naïveté. Choiseul céda naturellement aux sollicitations de son ministre, il vint à
(0 Mme de Pompadour.
(2) Amàassad^ de Choiseul à Vienne i par M. Filon. Durand, 1873,