CHAPITRE QUATRIÈME
Paris et prit les Affairés étrangères, mais il fut entendu que Bernis resterait au conseil. Un mois après, et sans que Choiseul eût la moindre part à cette disgrâce, l'ancien ministre était remercié. Comme compensation, il fut créé cardinal, mais le roi lui remit la barrette comme on jette un os à un chien, et quelques jours après il Texilait à son abbaye de Saint-Médard de Soissons.
A partir de ce moment, la Fortune ne cesse de sourire à Choiseul avec obstination. Il va rester pendant douze années consécutives à la tête des affaires et régner presque despotiquement à Versailles sous l'autorité apparente du roi.
Nous n^avons pas à nous occuper de son rôle politique, c'est l'homme privé seul qui nous occupe. Rappelons cependant en quelques mots le rôle bienfaisant joué par Choiseul dans ses différents ministères.
Il a été l'un des phénomènes les plus extraordinaires du règne de Louis XV. Sous l'apparence de l'insouciance et de la légèreté, il a su montrer des talents supérieurs et réparer autant qu'il était en son pouvoir les désastres de la guerre de Sept ans.
Au début de sa carrière, on le jugeait peu favo-
rablement. «Ce n'est, disait-on, qu'un petit maître sans talent, qui a un peu de phosphore dans l'esprit. M II fallut bientôt changer d'avis et rendre justice à ses éminentes qualités.
Il arrivait dans le moment le plus critique, et il trouvait la France dans une situation lamentable.
11 introduisit des réformes profondes dans les différentes branches de Tadministration ; il s'efforça de mettre fin aux dilapidations et institua dans tous les départements une sévère économie. Il réduisit à 7 millions les dépenses du ministère des affaires étrangères, qui étaient de 58 millions à son arrivée. 11 raffermit la discipline dans Tarmée, réveilla l'esprit militaire, constitua l'artillerie et le génie et relevacomplètement la marine, qui n'existait pour ainsi dire plus.
C'était un labeur immense, mais il n*en parut nullement embarrassé; son esprit pénétrant le rendait propre à tout; il avait la conception prompte , une facilité de travail étonnante et un don d assimilation des plus rares. Il éblouissait ses interlocuteurs par sa perspicacité.
Il n'avait pas de collaborateurs; il écrivait toutes ses dépêches lui-même et de sa propre main pour peu