CHAPITRE CINQUIÈME
Sa rare intelligenca embrasse tous les sujets, et elle protège les arts avec autant de goût que de discernement ; elle encourage les artistes en achetant toutes les œu%Tes de mérite et en les payant au delà de leur valeur. Poètes, peintres, sculpteurSj hommes de lettres j tons trouvent auprès d'elle un accueil flatteur et une bienveillance éclairée.
Son iniluence sur Louis XV est presque aussi grande qu'au premier jour* Elle connaît parfaitement le caractère du roîj qui depuis longtemps n'est plus amoureux d'elle; mais elle est devenue pour lui une amie nécessaire dont il ne sait pas se passer; elle doit même se borner au rôle d'amie et fermer les yeux sur les infidélités de son royal amant, sous peine de perdre son crédit. Elle craint continuellement d'être supplantée, et il lui arrive de faire cette comparaison, au moins audacieuse : « Ma vie est comme celle du chrétien, un combat perpétuel. »
A force de grâce et d'esprit elle a su grandir une situation équivoque et la faire accepter par toute la société. Les dames de la cour les plus honnêtes non seulement la voient, et même intimement, mais elles lui présentent leurs filles, souvent
avant leur maxiage et toujours immédiatement après.
Dès qu'il pouvait se dérober à la représentation, le roi descendait chez la marquise par un escalier dérobé ; elle avait le grand art de savoir distraire rhomme du royaume le plus difficile à amuser. Avec elle Louis XV ne reconnaissait pas ses journées; l'intérêt qu'elle jetait sur tous ses moments en pressait le cours. <t Comme le temps passej » lui disait-il quelquefois; et ce mot était un succès.
Dans la société intime du roi et de la favorite figure tout d'abord une femme aussi renommée par les grâces de son esprit que par le charme de sa physionomie; c'est la maréchale de Mirepoix (i). Spirituelle, fine, du plus aimable caractère, bonne, ser viable et du commerce le plus sûr, elle aimait à la folie les plaisirs de la société . Elle avait une grâce infinie et un ton parfait, une politesse aisée et une humeur égale. « Elle avait cet esprit enchanteur, dit le prince de Ligne, qui fournit de quoi plaire à chacun; vous auriez juré qu'elle
(ï) Mme de Mirepoix (1707), fille du prince de Craoïi et soeur du pnnce de Beativau, avait épousé le prince de Llxen, de îa maison de Lorraine.- Le prince fut tué en duel par Riche* lieu en 1734. Sa veuve épousa Pierre de Lé vis, marquis de Mirepoix; tis s^aimèrent à la folie.