CHAPITRE PREMIER
Mariage de Mlle Crozat du Châtel et du comte de Choiseul- Stain ville. — Les familles Crozat du Châtel et de Choiseul- Stainville. — Premières années d'union. — Aventure de Mme de Choiseul-Romanet. — Amitié de M. de Choiseul et de Mme de Pompadour. — Choiseul est nommé ambassadeur à Rome.
En l'an de grâce 1750, le 22 décembre, une imposante cérémonie réunissait à l'hôtel du Châtel tous les membres des familles Crozat et de Choiseul, ainsi qu'une grande affluence de parents et d'amis. On célébrait, au milieu de la joie générale, le mariage de Louise-Honorine Crozat du Châtel et du comte de Choiseul-Stain ville.
La bénédiction nuptiale fut donnée aux jeunes époux dans la chapelle même de Mme du Châtel.
La mariée, à peine âgée de quinze ans, se présenta timide et rougissante, mais pleine de grâce et de charme ; le marié avait un maintien plus assuré et une tenue parfaite ; il montrait pour sa jeune femme les plus aimables attentions. Il avait trente et un ans.
Avant de suivre les jeunes époux pendant leur « lune de miel » et les longues années de leur existence commune, voyons rapidement quelles étaient les deux familles qui s'unissaient ainsi et les raisons au moins singulières qui avaient motivé cette alliance.
Louise-Honorine Crozat du Châtel était petitefille de ce Crozat qui, de bas commis, puis de petit financier, était devenu receveur général du clergé; il s'était mis aux aventures de la mer et avait fondé la Compagnie de la Louisiane, qui lui rapportait des sommes considérables. Il possédait pour plus de vingt millions de bien et passait pour un des hommes les plus riches de Paris. On Pavait surnommé cependant Crozat le Pauvre, par opposition à son frère, beaucoup plus riche encore (i).
(i) L'aîné des Crozat, surnommé le Riche, était receveur général des finances à Bordeaux. Il possédait une fortune immense qui venait de ses possessions en Amérique.