CHAPITRE PREMIER
Crozat s* était « passé lui-même au bleu » en obtenant du régent l^agrément de la charge de trésorier de IWdre du Saint-Esprit. Puis il acheta en Bretagne la seigneurie du Châtel, et il en prit le nom»
0 mourut en 1738, à quatre-vingt-trois ans, « énormément riche et glorieux à proportion ; s il laissait une fille et trois fils.
Il avait marié sa fille au comte d*Évreux, troisième fils du duc de Bouillon ; la jeune femme était charmante et avait apporté en dot 500,000 écus. Mais ce mariage devint pour le vieux Crozat la douleur de sa vie. Le comte d'Evreux, colonel général de la cavalerie, était un homme bizarre, passant sa vie à la chasse ; il négligeait complètement sa femme et ne cachait pas sa passion pour la duchesse de Lesdiguières, qui le suivait partout et qu'il trouvait « meilleure que la petite Crozat (t) u , Bientôt la vie ne fut plus tenable pour la comtesse d^Evreux, et elle retourna chez son père, où
(i) C'est avec 1 ^argent de « la petite Crozat 11 que le comte d'Êvreux acheta, entre la Ville-l'Évêque et la porte Sainte Honoré, trente arpents en jardins et marais, c'est-^à-dire hors Paris, en pleins champs ; îl y fit bâtir un hôtel qu'il revendit pluâ tard à Mme de Pompadour. C'est aujourd'hui le palais de l'Éljsée.
elle fut trop heureuse de retrouver sa chambre de jeune fille.
Crozat fut plus heureux avec ses fils (i). L*aîné, marquis du Châtel, le seul qui nous intéresse puisqu'il est le père de Mme de Choiseul, devint lieutenant général; il avait épousé en 1722 Mlle de Gouffier (2). Ils eurent un fils et deux filles : Antoine tte-Eustachie, née en 1728; Louise- Honorine,, née en 1734. Le fils mourut prématurément au mois de mai 1743.
Le marquis du Châtel était un homme d^nfiniment d'esprit, et nous n'en voulons d'autre preuve que le portrait assez mordant qu'il a fait de luimême :
« M. du Châtel est vilain et petit; sa physionomie est obscure ; sa timidité extrême est cachée sous des traits rudes et immobiles... On serait tenté de croire qu'il n'est qu'une ébauche de la
(i) Le second, « chevalier, marquis de Tugny, » président au Parlement de Toulouse, mourut en 1751 sans enfants. Le troisième, appelé le baron de Thiers, officier général comme son frère aîné, épousa, en 1726, Marie-Louise- Augusti ne de Montmorency-Laval, dont il eut trois filles, mariées au comte de Béthune, au duc de Broglie et au marquis de Béthune.
(2) Fille de Charles-Antoine Gouffier, marquis de Heilly, et de Catherine-Angélique d'Albert de Luynes.