CHAPITRE CINQUIÈME
sait alors; Louis XV apporte dans ces réumons un front serein^ un esprit libre de soucis, une bonhomie simple et franche : rien n'y rappelle son rang.
On peut aisément supposer que Choiseul , soutenu par sa femme, par sa sœur, par son beau-frère, régnait dans rintimité royale comme dans !a politique : son infiuence grandissait tous les jours.
Le roi, ravi de posséder un ministre qui aplanit toutes les difficultés et lui enlève tout le souci des affaire s j le crée duc et pair, le nomme lieutenant général et le comble de bienfaits.
Bientôt Choiseul ne se contente pas d'un seul département, il prend la guerre (1761), puis la marine (1762); après le Pacte de famille^ il se charge de la correspondance d'Espagne et de PortugaL II faisait une plaisante allusion à la multiplicité de ses occupations quand il écrivait : « Je suis ici comme le cocher de F Avare - tantôt en souquenillej tantôt en tablier^ je fais ce que l'on veut* »
Ce n^est pas tout.
En 1760J il est nommé gouverneur général de Touraine, puis grand maître et surintendant des postes et relais de France. En 1762, il reçoit la Toison d or et la charge de colonel général des
tio DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL
Suisses et Grisons (i); cette place rapportait plus de lOOjOOO livres et avait toujours été occupée par un prince du sang. Ces divers emplois réunis constituaient au duc plus de 800,000 livres de rente.
Choîseul avait toujours eu de Tà-propos dans sa vie, et il n'était pas autrement surpris de cette étrange fortune. Un jour, à l'armée, au début de sa carrière, il avait g^g^i^é cent mille écus au jeu ; il monta sa maison sur cette dépense et la soutint jusqu'à sa mort. Il croyait fermement à son étoile, et il avait même en elle une confiance si complète qu'il disait un jour à Mme de Beauvau : « Tout est venu au-devant de moi sans que je me donne la moindre peine, et je compte absolument sur ce bonheur persistant qui s^est attaché à ma personne, j»
Quand on l'accusait d'esprit d'intrigue, il s'en
(i) Le comte d'Eu venait de donner sa démission. Voir le Duc de Laueun et la cour intime de Louis XV, p, 37. Choîseul avait eu pour concurrent le prince deSoubise, frère de Mme de Marsan, mais, grâce à l'appui de Mme de Pompadourj ii remporta. Le roi, en lui annonçant qu'il le nommait, lui dit : u Je le fais d'autant plus volontiers que, dans quelque circonstance que vous puissiez vous trouver, cette charge ne pourra vous être enlevée, u Ce furent ses propres paroles.
Mme de Marsan, furieuse de Téchec de son frèrCi se déchaîna en calomnies et en imprécations contre Choiseul.