‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 64 sur 244 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

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et i! les jugeait à leur valeur* La façon dont il parle de la croix du Mérite, que bien des gens sollicitaient, montre le peu de prix qu'il attachait à ces hochets de la vanité.

« L*on ne peut pas donrxer à présent la croix du Mérite, parce que nous avons résolo de ne donner de notre orviétan qu'en 1768 ; on a remarqué avec raison que cette drogue était infiniment meilleure gardée que prodiguée (1). »

Choiseul n'avait rien de la morgue et de a pédanterie des hommes en place. Il était simple, bon enfant, sans prétentions, et se jugeait luimême avec une rare modestie*

« J'apprends tous les jours que je suis plus ignorant que je ne croyais la veille, écrit-il ; à force d*applicati on, j'arriverai au bien, à ce que j'espère, sans en retirer aucun honneur, car je sais que le bien n*en fait pas et que le mal produit beaucoup de critiques (2). a

Il traitait tous les incidents qui survenaient avec gaieté et esprit ; rien ne pouvait troubler

(ï) A Voltaire, 3 maî 1765. Choiseul et V&Uaîfe^ par Pierre Calméttes. Plon^ 1900.

(2) A Voltaire, 3 avril 1765, Choiseul et Vùltaîre^ par Pierre Calméttes* Pion, 1900,

son înaltérable bonne humeur. Quelques anecdotes de genre différent feront ressortir son caractère.

Il lui arriva, au début de son ministère, une plaisante aventure avec M, de Stahremberg, ambassadeur d'Autriche. Elle montre tout à la fois le tour plaisant de son esprit et la fierté dont il faisait preuve quand il était nécessaire. Lorsque Fambassadeur lui fit la visite d'usage, le ministre le fit attendre assez longtemps pour l'impatienter et le décider à se faire annoncer de nouveau. On le pria d*attendre encore. Enfin, quand on l'introduisit, il ne se possédait plus. « Monsieur le duc, s*écriat-il furieux, depuis une heure vous me faites faire antichambre? Est-ce une insulte déguisée? Etiezvous donc occupé? » — « Je vous avouerai, lui répondit Choiseul avec calme, que je cherchais le mot d'un logogriphe; mais j'ai voulu rendre hom* mage en votre personne aux usages de la cour de Vienne. Je n'ai pas oublié qu'en pareille circons* tance le prince de Kaunitz m*a fait attendre aussi plus d'une heure dans son antichambre; j^ai pensé ne pouvoir mieux faire que de T imiter, v

Un jour il était dans son cabinet et causait d'affaires sérieuses avec Chevernjj Tintroducteur des

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