CHAPITRE VI
La famille du duc de Choiseul. . — Sa sœur, la duchesse de Gramont. — Ses frères, • l'évêque d'Arras et le comte de Stainville. — Bonté du ministre pour sa famille et pour ses amis. — Grande représentation des Choiseul ; leurs réceptions. — Chagrins intimes de la duchesse. — Sa mésintelligence avec sa belle-sœur. — Elle se crée une intimité avec quelques amis. — Mme du Deffand. — Acquisition du château de Chanteloup.
Nous avons vu quelle était Tin ti mité royale et le rôle qu'y jouaient M. et Mme de Choiseul. Voyons maintenant comment se composait leur famille proche et quel était le cercle habituel dans lequel ils vivaient.
Choiseul, en arrivant à une grande situation, ne se montra pas égoïste; il s'empressa de combler de bienfaits tous les siens et d'assurer leur fortune.
Il avait une sœur (i), chanoinesse de Remiremont, qui n'avait pour tout revenu que sa prébende; elle végétait impatiemment dans son cou-
(i) Béatrice de Choiseul-Stainville était née à Lunéville en 1730. Elle fut d'abord dame et coadjutrice de l'église collégiale et séculière de Notre-Dame de Bouxières.
Ii8 DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL
vent, et elle avait déjà près de vingt-huit ans lorsque son frère arriva au ministère. Choiseul, qui avait pour elle beaucoup d'attachement, s'empressa de la faire venir à Versailles et de Tintro* duire dansTintimité de Mme de Pompadour.
Ses débuts furent des plus modestes; elle se montrait pour tous douce et complaisante; mais dès que le crédit de son frère fut solidement établi et qu*elle se fut attachée à la société du roi, on la vit changer d'allures avec une étrange rapidité : cette même femme qui se levait pour tout le monde, ne se levait plus pour personne; grands seigneurs, ministres f ambassadeurs étrangers, elle traitait les plus grands personnages avec la même arrogance.
Mme de Gramoat fut adorée et abhorrée : parmi les contemporains^ il n'y a pas d'opinion moyenne : ces jugements excessifs et contradictoires provenaient de sa nature franche^ presque brutale, incapable de se plier aux exigences mondaines. Il lui était impossible de dissimuler son mépris pour personne, quel que fut son rang. C^était du reste une femme de la plus haute valeur, et ses ennemis eux-mêmes étaient obligés de rendre justice à ses éminnetes qualités. Si elle avait un caractère ferme