CHAPITRE SIXIÈME
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et décidé, elle était aussi pleine d*esprit et de cœur. H Tout en elle est âme, vie, ressort, a a dit un homme qui Ta bien connue.
(f Elle était prodigieusement agréable quand elle le voulait, écrit Walpoîe; c'était une véhémente amie, mais une ennemie rude et insolente, m Et comme il ne laimepas, il lui reproche sa voix brève et rude, son maintien hardi, ses manières libres et brusques, qui lui donnent plutôt l'apparence d'Un homme que d^une femme.
Elle n'en passait pas moins pour fort désirable, ff Sans être une belle personne, dit le président Hénault, sa figure, l'habitude de son corps , sa manière d'être, tout plaît en elle. C'est une des femmes du monde que l*on aurait le plus de peine à se défendre d'aimer,.. Si elle était venue du temps que nos hommes à bonnes fortunes en valaient la peine, elle leur aurait tourné la tête. »
Pour soutenir son rôle à la cour, il lui fallait une consistance, un état, et elle n'en avait point, Choiseul résolut de la marier. Il jeta les yeux sur le duc de Gramont (i), méprisé, déconsidéré, et qui « me-
(i) Antoine-Antonîn, duc de Gramont ^ prince de Bidache, pair de Francej gouverneur de la haute et basse Navarre, né en IJ22; il était veuf en premières noces de Marie-Louise- Vie-
nait une vie crapuleuse malgré son nom et ses grandes richesses ». L'espérance de le réhabiliter était illusoire , mais les a%'antages du côté du rang étaient immenses, et on décida de passer outre. Le duc de Gontaut fut chargé de la négociation.
Béatrice de Stain ville n'hésita pas. En six mois elle fut duchesse de Gramont et séparée de son mari, qui retourna vivre avec des « filles ». Quant à elle, elle garda le titre de duchesse, de superbes revenus, et elle resta maîtresse de ses actions; c'était tout ce qu'elle voulait. Elle vint habiter chez son frère et vécut en tiers dans le ménage*
Choiseul avait deux frères » et il ne se montra pas moins soucieux que pour sa sœur d'assurer leur avenir. L'un était évêque d'Evreux; il lui fit obtenir l'archevêché d'Albi,
L'autre, le comte de Stainville, était colonel de dragons au service de la reine de Hongrie (i), Choiseul le rappela en France, le fît nommer lieutenant général et s'occupa de lui procurer un éta-
toire de Gramont, si coiisine germaine, dont il avait eu un fils. C*est îc î6 août 1759 qu'il épousa Béatrice de Choiseul. (i) On y devenait officier à culotte de peau, c'est*à-dire en ne quittant pas le service auquel on était attaché.