CHAPITRE SIXIÈME
blissement. M. de Stain ville était peu fortuné; de plus, il n'avait pas Tabord agréable, s'étant pénétré pendant son séjour en Hongrie de la morgue et de la raideur allemandes. Choiseul obtint cependant pour lui la main de Thomasse-Thérèse de Clermont-Renel, qui possédait une grande fortune (i) et était d'une rare beauté. Les négociations eurent lieu pendant que M. de Stain ville était encore à l'armée. Quand tout fut décidé, on lui envoya l'ordre de revenir à Paris, et six heures après son arrivée il montait à l'autel en compagnie d'une jeune fille qu'il n'avait jamais vue et qui, la veille encore, se trouvait au couvent.
Le mariage fut célébré le 3 avril 1761 ; le comte avait quarante ans, et sa femme, bien près de quinze ans.
Si Choiseul prit soin d'assurer la fortune de tous les siens, il ne se montra pas moins bon et généreux pour ses amis. Il était en effet d'un caractère compatissant et facile; il n'aimait les honneurs et la richesse que pour en faire jouir ceux qui l'entouraient; il ne résistait pas à l'envie de rendre heu-
(i) Fille de Jacques-Louis-Georges, marquis de Renel, et de Marie-Henrîette-Racine du Jonquoy. Elle apportait en se mariant 200,000 livres de rente. Elle était née en septembre 1746.
tude et tous les devoirs pieux qu'un lîls peut rendre à son père.
Il y avait un homme dont rattachement pour les Choiseul était profond et qui plus que tout autre avait droit à leurs bienfaits; c'était l'abbé Barthélémy. La première fois que l'abbé revit Choiseul après son élévation au ministère, ce dernier le prit à part en présence de Mme de Choiseul et lui tint ce langage i « Maintenant que j'ai le pouvoir, j'en veux profiter pour m'occuper de votre fortune ; mais c'est à vous de m'instruire de vos vues. Parlez, que désirez- vous? » Comme Tabbé se défendait de rien vouloir ^ la duchesse insista de telle façon qu^il fut obligé d'accepter- tt Eh bien, dit-il enfin, si j'avais une pension de 6,000 livres sur un bénéfice, je serais parfaitement heureux. Cette pension, jointe au traitement de ma place, suffirait largement à mes besoins et me permettrait en outre d'élever mes neveux, qui n'ont pas de fortune, »
Choiseu! promît qu'il saisirait la première occasion favorable pour donner satisfaction à l'abbé. Peu de temps après, en effet, il lui faisait obtenir une pension de 4,000 livres sur l'archevêché d'Albi.