‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 69 sur 244 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

L'abbé, plein de reconnaissance , ne savait comment témoigner sa gratitude à ses bienfaiteursir Ils avaient un besoin pressant de contribuer au bonbeur des autres, écrit-il, une sensibilité profonde qui ne leur permettait jamais d'oublier les attentions qu'on avait pour eux , un caractère noble et généreux qui leur persuadait qu'en fait de sentiment ce n'est rien faire que de ne pas faire tout ce qu'on peut, m

L'intérieur de Choiseul est charmant. Il est chez lui r homme le plus aimable du monde. Il a conservé toute la gaieté et la grâce de la jeunesse. Quoiqu'il ait les plus grandes affaires à traiter» il a l'art de se jouer de tous ses départements. Sorti de son cabinet, il ne s'occupe que de ses plaisirs ; sa vie n'est plus que dissipation» prodigalités et bons mots.

Les amis les plus intimes de la maison sont les frères du duc, sa sœur^ Mme de Gramont; son beau-frère, Gontaut ; Tabbé Barthélémy, Mais il est bien rare que l'on soit en petit comité ; la situation de Choiseul l'oblige à une représentation continuelle et à des réceptions incessantes. Du reste il ne cherche pas à se dérober à ce qu'il considère comme un des devoirs de sa charge*

Sa générosité était sans égale, et il fut aussi ma* gnifique dans son ministère qu'il l'avait été dans ses ambassades. Il se livrait au faste non pas seulement par goût, mais parce qu*il le regardait comme un accessoire de sa naissance et de sa dignité et comme une obligation pour un homme dans sa situation. Ce même homme, qui poussait T économie jusqu^aux dernières limites quand il s'agissait de Targent du roi, ne reculait devant aucune dépense quand sa propre fortune était seule en jeu ; mais, gentilhomme jusque dans ses folies, il n*abusait pas de sa puissance pour réparer aux dépens de l'État les larges brèches faîtes à sa fortune»

Jamais ministre n'a poussé la représentation aussi loin. Dans ce temps-là, on dînait à deux heures; tous les courtisans, tous les étrangers présentés étaient admis chez le duc, La grande table était de trente-cinq couverts, et il y en avait une autre toute prête sans qu*il y parût. Un valet de chambre comptait les entrants, et dès que le nombre dépassait trente-cinq l'autre table était dressée.

Lorsqu'il y avait une seconde table, Cheverny était chargé d'en faire les honneurs. Elle était servie dans une pièce à part j et souvent les ambas-

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