CHAPITRE SIXIÈME
sadetirs qui n'aimaient pas laffluence venaient s'y réfugier.
Mme de Choiseul, bien qu^elie eût peu de goût pour le fracas du monde, aidait son mari de tout son pouvoir, et elle présidait avec grâce à ces réceptions où défilait toute la cour. Aussi sa vie est-elle absorbée par mille soins, mille affaires diverses; elle voudrait lire, penser, écrire, elle n'en a pas le temps. Elle fait avec une verve charmante à Mme du Deffand la description de son existence si remplie et de toutes les obligations auxquelles son rang et sa situation Tempêchent de se dérober.
« A Versailles, décembre 1761.
a Je viens de m'arracher de mon lit pour achever une frisure commencée d^hier; quatre pesantes mains accablent ma pauvre tête. Ce n'est pas le pire pour elle, j'entends résonner à mes oreilles le fer, les papillotes. Il est trop chaud,.. Quel ajustement madame mettra-t-elle donc aujourd'hui?... Cela va avec telle robe..* Angélique, faites donc le toquet; Marianne, apprêtez le panier; — vous entendez bien que c'est la suprême Tinttn qui ordonne ainsi. — Elle a beaucoup de peine à nettoyer ma montre avec un vieux gant; elle me
fait voir que le fond en est toujours noir. Ce n'est pas tout. Un militaire pérore de l'expulsion des jésuites , deux médecins parlent, je crois ^ de guerre, ou se la font peut-être; un archevêque me montre une décoration d'architecture; l'un veut attirer mes regards^ l'autre occuper mon esprit, tous obtenir mon attention. Vous seule intéressez mon cœur. On me crie de l'autre chambre : « Ma- « dame, voilà les trois quarts; le roi va passer « pour la messe. . . — Allons I vite ! vite ! mon bon- « net, ma coiffe, mon manchon, mon éventail, « mon livre : ne scandalisons personne. Ma chaise, « mes porteurs ; partons !
« J*arrive de la messe; une femme de mes amies entre presque aussitôt que moi; elle est en habit; mon très petit cabinet est rempli de la vastitude de son panier. Elle veut que je continue. « Je M n'en ferai rienj madame; je ne serai pas assez H mon ennemie pour me priver du plaisir de vous il voir et de vous entendre... w Enfin elle est partie ; reprenons ma lettre ; mais on vient me dire que le courrier de Paris va partir^ ail demande si madame ff n'a rien à lui ordonner. — Eh ! si fait, vraiment! (I J'écris à ma chère enfant; qu*il attende* m — Une jeune Irlandaise vient me solliciter pour une