CHAPITRE SEPTIEME
pour moi, a servi de tels sentiments? Sacrifier ces craintes à votre délicatesse est le plus grand sacrifice que nous puissions faire; c'est la seule chose dont vous nous deviez de robligation. Mais j'ai encore d'autres objections à vous proposer sur la façon de détruire ce que nous avons déjà fait pour vous. Vous n'y pouvez parvenir que par M, d'Aumont. L'attendrirez-vous en faveur d'un malheureux (même innocent peut-être, je veux bien le supposer) au point de lui faire oublier sa propre injure (vous savez qu'il en est d*un genre où il faut une victime)? Mais quand il l'oublierait, qu'il demanderait sa grâce, doit-il l'obtenir? Est-ce M. d'Aumont vengé dans le malheureux Marmontel, ou bien est-ce le gouvernement qui punit en lui le perturbateur du repos public, l'auteur licencieux d'un libelle; M, d'Aumont peut-il j doit-il, doit-on en sa faveur révoquer les arrêts du gouvernement?
« Cependant, labbé, d*après toutes ces réflexions, vous êtes toujours le maître de suivre la conduite que votre conscience et votre délicatesse vous prescrivent. J'admirerai toujours des démarches parties du principe le plus honnête et le plus vertueux, et je n'en aurai que plus de vanité
i6o DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL
d'avoir servi un aussi galant homme que vous, » (Inédite,)
Cherchant à tout concilier, et ses scrupules, et les désirs de sa bienfaitrice, l*abbé eut Fidée de céder une partie de sa pension à M . de La Place» qui était le prête -Boro de Marmontel. Cette proposition ne trouve pas grâce davantage aux yeux de la duchesse. « Je n'approuve point du tout, Tabbé, que vous cédiez rien de votre pension sur le Mer^ cure à M. de La Place. Nous ne parviendrions peut* être jamais à vous en obtenir l'équivalent ailleurs. Mme de Pompadour est aussi de mon avis, et si vous en faites la proposition , je me brouille avec vous. Adieu, l*abbé, je suis tout endormie et n*ai pas a temps de vous en dire davantage. » (Inédite.) (i).
Tout se termina par un compromis : Tabbé Barthélémy refusa le brevet du Mercure, mais en se réservant une pension de 5|000 livres; Marmontel reçut une pension de i,ooo livres. Quant au brevet, il fut accordé à un nommé Lagarde, bibliothécaire de Mme de Pompadour et protégé de Colin, son homme d'affaires
(l) Nous devons la cûmmnnic:attoTi 4e toutes les lettres concernant 1 ^affaire du Mercure k l'obligeance de M, ie marquis de Barthélémy,