CHAPITRE SEPTIÈME
classes, ceux qui sont tout entiers à leurs passions ou tout entiers à eux-mêmes. Le trouble qui accompagne les premiers et Les remords qui souvent les suivent les rendent encore plus malheureux; pour les seconds, ils sont inutiles dans la société, et ce sont deux écueils également à éviter. Le ciel nous a donné les passions comme les ressorts de notre âme et non comme ses tyrans; notre courage doit servir à les contenir et notre esprit à les employer; vous avez l'un et l'autre, et vous êtes dans le casd*en faire usage.
0 Une noble, juste et honnête ambition vous a fait, par des moyens pareils, quitter votre cour pour faire briller vos talents dans une autre et servir sur un plus grand théâtre; M. de Choiseul a été assez heureux pour vous être utile dans ce projet, et Tamitié de M. de Bernstorff vous en promet déjà le succès ; mais à peine arrivé à Copenhague, l'ennui qui vous poursuit vous le fait presque abandonner : la meilleure recette que j'ai à vous donner contre l'ennui est de vous le cacher à vous-même. Quand on s'y livre, il nous peint tout de ses couleurs; je vous permettrais de vous ennuyer si, arrivé à la fin de votre carrière, vous n'aviez plus rien à désirer ni à entreprendre, mais vous ne faites que
î'jo DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL
lacommencerî avec de l'esprit, des livres, trois ou quatre personnes à qui parler qui aient seulement le sens commun et un projet à suivre, on ne doit pas s'ennuyer; quelque triste que soit le Dane* mark, il vous offre au moins ces ressoi^rces. Votre liaison avec M. de Bernstorff, dont l'esprit et les connaissances ont fait les délices de ce pays-ci, en est une grande; cultivez-la et profitez-en, M. de Choiseul vous y servira de tout son pouvoir par les recommandations les plus vives ^ mais n'attendez pas de lui qull vous demande lui-même pour être employé dans cette cour ce, serait vous nuire au lieu de vous servir. C'est ce qu'il m^a chargée de vous dire, monsieur; en vous demandant, il vous rendrait suspect à M. de Bernstorff. Il faut que vous attendiez patiemment que les circonstances vous amènent à ce que vous désirez ; en suivant un plan, on le remplit tôt ou tard, et il ne nous échappe que lorsque nous l'abandonnons. »
Tous ces beaux raisonnements, toute cette sagesse, durent paraître au baron bien fades et bien pédants. Sa patience allait être mise à une dure épreuve.
Pour complaire à Choiseul, le Danemark avait pris Gleichen à son service, mais il ne put faire davau-