CHAPITRE HUITIÈME
humble retraite de Ferney, répandait sur l'Europe entière les rayons éblouissants de son génie, se montrait l'adepte le plus fervent du premier ministre. Cet enthousiasme n'était pas, il faut le dire» pur de tout désintéressement. Exilé de fait, en butte à l'inimitié du Parlement, voyant tous ses écrits poursuivis sans pitié, sachant sa liberté même menacée dans Tasile qu'il avait si péniblement conquis sur la frontière de France (i), Voltaire se trouvait dans la nécessité de rechercher la faveur et l'appui de celui qui était alors toutpuissant à la cour de Versailles,
Leurs relations, d'abord fort rares, devinrent rapidement assez fréquentes; des deux côtés Ton se recherchait, car si Choiseul était le dispensateur des grâces, Voltaire, de son côté, était le dispensateur de la renommée et Thomme dont les écrits avaient le plus d*infliience sur l'opinion publique (2) .
A quelle époque eurent lieu les premières rela-
(î) Après ses mésaventures avec Frédéric, Voltaire était venu cbercher un refuge dans le piiys ée Gex, petite langue de terre sîtuée entre les montagnes du Jura et la Suisse j il y jouissait d'une tranquillité relative, grâce à la quasi-neutralité du pays et au voisinage de la frontière.
(2) C'est ainsi que d'Alembert écrivait à Voltaire : « Votre protecteur m ou plutôt « votre protégé m» M, de Choiseul... »
lions entre Choîseul et Voltaire? Nous rignorons; il est plus que probable que le philosophe et Fhomme politique avaient fait connaissance depuis nombre d 'années , car leur commerce épistolairej qui pour nous commence en 1759, se trouve, dès le début, sur le ton d'une affectueuse familiarité.
A peine arrivé en Suisse, Voltaire sollicite de Choiseul le renouvellement des franchises dont la terre de Ferney jouissait autrefois, et, grâce à la puissante intervention du duc, sa requête est aussitôt agréée.
Malgré les violents et ridicules démêlés que l'on sait et après un moment de rancune bien nature!, le patriarche avait cependant repris sa correspondance avec Frédéric î ce dernier ne dédaignait pas de soumettre au jugement du philosophe les œuvres plus ou moins médiocres qu41 composait pendant les rares loisirs que lui laissaient les soucis de la guerre. Dans le courant de 1759, Voltaire reçoit de Frédéric quelques échantillons de ses productions poétiques, et entre autres une pièce de vers des plus outrageantes pour Louis XV et Mme de Pompadour; pour comble de malheur, le paquet est arrivé à Femey décacheté de telle sorte que les employés de la poste ont pu prendre